Congrès des experts-comptables 2026 : ce qui change pour vous

Congrès des experts-comptables 2026 : ce qui change pour vous — Max Compta

Congrès des experts-comptables 2026 : ce qui change pour vous

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Le 81e Congrès de l’Ordre des experts-comptables s’est tenu du 16 au 18 septembre 2026 à Paris Expo Porte de Versailles, sur le thème « [Re]fondation des cabinets : environnement, valeur, compétences ». La plénière d’ouverture du mercredi 16 septembre a livré trois annonces qui concernent moins la profession que ses clients : l’encadrement de la rémunération qu’un cabinet peut percevoir d’un tiers, la transmission d’informations fiscales aux instances disciplinaires en cas d’exercice illégal, et un premier bilan chiffré de la facture électronique.

La première est la plus directement utile à un chef d’entreprise ou à un indépendant : elle définit ce qu’il a le droit de savoir sur les commissions que son cabinet perçoit de banques, d’assureurs ou de courtiers.

1. Les annonces en bref

Annonce Ce que cela change pour une entreprise cliente
Rémunération versée par un tiers Information préalable sur le montant, avec faculté d’y renoncer
Apport d’affaires Interdit sans prestation réellement effectuée
Commissionnement récurrent Impossible pour un travail réalisé une seule fois
Intermédiation assurance ou banque Inscription à l’ORIAS exigée du cabinet rémunéré par un assureur ou une banque
Exercice illégal Les informations utiles aux poursuites vont aux instances disciplinaires
Sanctions de l’exercice illégal Le doublement voté a été censuré : les peines restent inchangées
Facture électronique Phase de démarrage sans sanction automatique, sans report de l’obligation

2. Votre cabinet peut-il être rémunéré par un tiers ?

Oui, mais dans des conditions que le Conseil national de l’ordre des experts-comptables (CNOEC) vient de resserrer. Jean-Marc Jaumouillé, vice-président chargé de l’exercice professionnel, a détaillé les cas dans lesquels un cabinet peut être payé par un tiers pour une prestation rendue à un client commun.

Le principe légal ne bouge pas. L’article 24 de l’ordonnance du 19 septembre 1945 prévoit que les honoraires d’un membre de l’Ordre sont « exclusifs de toute autre rémunération indirecte, d’un tiers, à quelque titre que ce soit ». L’exception figure à l’article 162 du décret du 30 mars 2012 : la collaboration rémunérée entre professionnels est admise pour des affaires déterminées, à condition que la rémunération corresponde à « une prestation effective ».

Quatre règles d’application ont été énoncées.

  • L’apport d’affaires sans travail effectif reste strictement interdit.
  • Le cabinet peut être rémunéré s’il réalise une prestation réelle pour un client commun, à condition que celui-ci soit informé au préalable du montant, afin de pouvoir y renoncer.
  • Une rémunération récurrente ne peut pas être perçue pour un travail réalisé une seule fois.
  • Un cabinet rémunéré par un conseiller en gestion de patrimoine, un courtier, un assureur ou une banque est réputé réaliser une opération d’intermédiation. Il doit alors être inscrit à l’ORIAS, le registre unique des intermédiaires.

Le CNOEC demandera à ses partenaires de vérifier ces conditions avant tout versement, et publiera un dossier sur les modalités opérationnelles d’ici la fin de l’année. Il s’agit donc d’une doctrine annoncée en séance, pas encore d’un texte publié. Amélie Verdier, directrice générale des finances publiques, a rappelé que la DGFiP n’avait pas vocation à valider les offres commerciales des partenaires de la profession, tout en indiquant qu’elle n’ignorait pas l’existence de « certaines pratiques déloyales ».

3. Ce que vous pouvez exiger avant de signer

La conséquence pratique tient en une phrase : quand un cabinet recommande un contrat d’assurance, un compte professionnel, un financement ou un logiciel, son client peut demander s’il perçoit une rémunération à ce titre, et combien. Deux vérifications complètent la question : la réalité du travail facturé au tiers, et l’inscription à l’ORIAS, consultable en ligne.

4. Exercice illégal : une avancée et un revers

Pascal Combeau, vice-président du CNOEC chargé de l’influence et de la simplification, a présenté deux chantiers aux issues opposées. Le premier aboutit. L’article 9 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales a réécrit l’article L. 121 du livre des procédures fiscales, en vigueur depuis le 27 juin 2026. Les commissaires du Gouvernement placés auprès des conseils de l’Ordre peuvent désormais communiquer aux instances disciplinaires « les informations nécessaires à l’engagement de poursuites pour l’exercice illégal de la profession d’expert-comptable ».

Le second a échoué. L’amendement qui doublait les sanctions de l’exercice illégal, adopté dans le même texte, a été écarté pour un motif de procédure. Dans sa décision n° 2026-904 DC du 18 juin 2026, le Conseil constitutionnel relève que l’article 10 « est relatif aux modalités de répression de l’exercice illégal de la profession d’expert-comptable » et que ces dispositions, introduites en première lecture, « ne présentent pas de lien, même indirect » avec le projet de loi initial. Elles ont donc été adoptées selon une procédure contraire à la Constitution, sans examen du fond.

Cet article 10 réécrivait l’article 20 de l’ordonnance de 1945. Les peines restent celles de sa rédaction actuelle, qui renvoie aux articles 433-17 et 433-25 du code pénal : un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende pour une personne physique. Pour une entreprise, l’enjeu reste concret : confier sa comptabilité à un prestataire non inscrit au tableau de l’Ordre prive de l’assurance de responsabilité civile professionnelle obligatoire.

5. Facture électronique : où en est le déploiement ?

Quinze jours après la première échéance, le CNOEC a présenté une enquête interne : 94 % des cabinets auraient engagé une démarche, dont les deux tiers l’auraient quasiment finalisée. Ce chiffre vient de l’Ordre, pas de l’administration, et sa méthodologie n’a pas été publiée. Côté DGFiP, plus de deux entreprises sur trois ont désigné leur plateforme agréée.

Le ministre de l’Action et des Comptes publics, David Amiel, a avancé en clôture ses propres chiffres : 70 % des entreprises déclarant la TVA ont désigné leur solution de réception, et 5 millions de factures électroniques ont déjà été échangées, pour un montant supérieur à 15 milliards d’euros. Le ministre a précisé que Bercy n’attendait pas ces volumes avant la fin du mois d’octobre.

Amélie Verdier a surtout appelé l’attention sur l’échéance du 1er septembre 2027, quand les PME et les plus petites entreprises devront à leur tour émettre des factures électroniques. Il faudra alors, selon elle, « aller chercher ceux qui pensent encore que ce n’est pas pour eux ». Les entrepreneurs en franchise en base de TVA sont concernés eux aussi.

6. La période sans sanction est-elle un report ?

Non. Le guide pratique de démarrage publié par la DGFiP en juillet 2026 l’écrit sans ambiguïté : « Cette approche ne constitue ni un report ni une suspension de l’obligation. » La tolérance porte sur les sanctions, et seulement au profit des entreprises dont les difficultés sont « réelles, documentées et suivies d’actions de correction ». Amélie Verdier a indiqué au congrès qu’aucune sanction ne serait prononcée entre septembre et décembre 2026. Cette borne est une parole de tribune : ni le guide, ni le communiqué de Bercy du 1er septembre 2026, qui annonce qu’aucune sanction ne sera appliquée en 2026, ne fixent de date de fin.

Obligation Qui est concerné Date
Recevoir des factures électroniques Toutes les entreprises assujetties à la TVA Depuis le 1er septembre 2026
Émettre des factures électroniques Grandes entreprises et ETI Depuis le 1er septembre 2026
Émettre des factures électroniques PME, TPE et micro-entrepreneurs 1er septembre 2027

Une entreprise sans plateforme agréée reste donc en écart avec l’obligation de réception, même si elle échappe à la sanction dans l’immédiat. Le régime applicable ensuite : la réception relève du IV bis de l’article 1737 du code général des impôts, qui suppose une mise en demeure préalable, et les données de transaction de l’article 1788 D.

Un mot de vocabulaire

Le sigle « PDP » est périmé. Depuis la loi de finances pour 2026, l’article 289 bis du code général des impôts parle de « plateforme agréée ».

7. Que change la sécurité des plateformes ?

Le ministre a détaillé le régime de sécurité des plateformes agréées. L’article 242 nonies B de l’annexe II au code général des impôts impose à chacune d’elles une certification ISO/IEC 27001 sur son propre système d’information ; la qualification SecNumCloud, elle, n’est exigée que de son prestataire d’hébergement en nuage, lorsqu’elle y recourt. Les plateformes doivent prouver le respect de leurs obligations par des tests d’intrusion, et celles dont le niveau de sécurité serait jugé insuffisant verront leurs opérations suspendues. La DGFiP a engagé un « sprint » d’échanges avec ces plateformes pour vérifier le respect du cahier des charges.

Sur l’identité numérique, l’administration ne s’est pas engagée sur un calendrier : sa priorité reste le déploiement, en 2027, de la double authentification pour les professionnels. La conclusion du ministre a porté sur l’intelligence artificielle : « L’automatisation ne doit jamais dispenser du jugement professionnel. »

Max Compta

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8. Questions fréquentes

Votre cabinet a-t-il le droit d’être payé par une banque ou un assureur qu’il vous recommande ?

Oui, à trois conditions rappelées au 81e Congrès : une prestation réelle et non un simple apport d’affaires, une information préalable du client sur le montant, et aucun versement récurrent pour un travail réalisé une seule fois. Si la rémunération vient d’un assureur, d’une banque ou d’un courtier, le cabinet doit être inscrit à l’ORIAS.

Comment savoir si votre cabinet perçoit une rémunération d’un tiers ?

En la demandant avant la prestation. L’information doit porter sur le montant, pas seulement sur le principe, puisque le client doit pouvoir renoncer en connaissance de cause. L’inscription à l’ORIAS se vérifie sur le registre public.

La période sans sanction annoncée pour 2026 reporte-t-elle l’obligation de facture électronique ?

Non. Le guide pratique de démarrage de la DGFiP écrit que cette approche ne constitue ni un report ni une suspension de l’obligation. Toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis le 1er septembre 2026. La tolérance porte sur les seules sanctions.

Une entreprise en franchise en base de TVA est-elle concernée par la facture électronique ?

Oui. La directrice générale des finances publiques l’a rappelé en plénière. L’obligation de recevoir s’applique depuis le 1er septembre 2026, celle d’émettre à compter du 1er septembre 2027 pour les PME, TPE et micro-entrepreneurs.

Les sanctions contre l’exercice illégal de la profession ont-elles été durcies ?

Non. L’article 10 de la loi, qui réécrivait l’article 20 de l’ordonnance de 1945, a été censuré par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2026-904 DC du 18 juin 2026, comme cavalier législatif et sans examen du fond. Les peines restent celles du code pénal : un an d’emprisonnement et 15 000 € d’amende.

9. Références officielles

10. À lire aussi