DCG 2022 UE 5 Économie contemporaine : sujet et corrigé
Le sujet de l’UE 5 Économie contemporaine du DCG 2022 comptait 2 dossiers : analyse d’un dossier documentaire et question problématisée.
Vous trouverez ici le sujet officiel en PDF et une proposition de corrigé Max Compta, question par question, alignée sur les éléments indicatifs du corrigé officiel du CRCF. L’épreuve durait 4 heures, coefficient 1.
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Sous chaque question, ce corrigé indique le chapitre de la fiche Max Compta UE 5 où la notion est traitée. Vous savez tout de suite quoi revoir, question par question, sans chercher dans votre cours. Extrait gratuit de la fiche UE 5.
- Ce document n’est pas le corrigé officiel. Il rédige les réponses du dossier 1 et propose une argumentation complète pour la question problématisée.
- Certains éléments sont présentés en listes pour la lisibilité. Le jour de l’épreuve, le correcteur attend une copie construite et rédigée de bout en bout.
- Le jury conseille de travailler les notions fondamentales du programme, de suivre régulièrement l’actualité économique et de s’entraîner à argumenter sur une problématique dans le temps de l’épreuve.
- Les passages en italique précisent ce que le correcteur attend ou accepte. Les valeurs lues sur les graphiques du sujet sont approchées.
- Barème du sujet : Dossier 1 (analyse d’un dossier documentaire) sur 10 points, dossier 2 (question problématisée) sur 10 points.
Dossier 1. Analyse d’un dossier documentaire (10 points)
1. Analyser les mesures de politique économique prises par l’État français pour faire face à la crise sanitaire.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 5.2. Politiques économiques : Objectifs, instruments, impacts › Les politiques
Attendu : S’appuyer sur les documents (parmi les documents 1, 2, 3, 7, 9 et 10), définir la politique économique et, accessoirement, l’État, identifier les politiques menées et les mesures prises, présenter leurs enjeux, puis conclure.
Définitions
La politique économique regroupe les décisions par lesquelles les pouvoirs publics cherchent à atteindre des objectifs, surtout macroéconomiques. Ils se servent pour cela d’instruments économiques.
L’État se définit de plusieurs façons, au sens philosophique, politique ou économique. En économie, c’est un agent qui garantit l’intérêt général et raisonne sur un horizon de temps infini. La comptabilité nationale le range dans le secteur des administrations publiques : Administrations centrales, administrations locales et organismes de sécurité sociale. Selon l’Insee, ces unités produisent surtout des services non marchands ou redistribuent les revenus et les richesses. Elles se financent pour l’essentiel par des prélèvements obligatoires.
Contexte et objectifs
Comme le reste du monde, la France a subi la crise du Covid-19. L’économie a été touchée à la fois du côté de l’offre et du côté de la demande. Le PIB a reculé de 8,3 % en 2020 (document 7). Pour reprendre les fonctions de l’État décrites par Musgrave, l’État intervient ici pour réguler l’activité et pour orienter l’allocation des ressources. Ses objectifs se situent à plusieurs horizons :
- Maintenir la croissance et protéger l’emploi malgré la crise, deux des quatre objectifs du carré magique de Kaldor ;
- Stabiliser la conjoncture pour que la crise ne laisse pas de séquelles durables : C’est le rôle des mesures d’urgence et des mesures de relance (documents 1 à 4, 6, 7 et 10) ;
- À plus longue échéance, maintenir les entreprises françaises dans la course face à leurs concurrentes (documents 3, 4, 8 et 9) et réussir la transition écologique (document 10).
Les politiques menées
Les mesures relèvent de plusieurs politiques à la fois. C’est d’abord une politique budgétaire, puisque l’État agit par ses dépenses et ses recettes. Elle est conjoncturelle quand elle soutient l’activité à court terme, structurelle quand elle prépare l’appareil productif de demain. C’est une politique de relance et une politique contracyclique, qui s’oppose au retournement de la conjoncture. C’est enfin une politique interventionniste, qui agit à la fois sur l’offre et sur la demande.
Les mesures prises
Du côté de la demande, l’État protège les revenus des ménages. Le chômage partiel a coûté plus de 27 milliards d’euros en 2020 et a concerné jusqu’à 8,4 millions de salariés en avril (document 1). La promotion de l’apprentissage garantit aux jeunes un revenu d’activité.
Du côté de l’offre, l’État soutient les entreprises :
- Exonérations de cotisations sociales et reports de charges sociales et fiscales (document 1) ;
- Prêts garantis par l’État (PGE), pour près de 134 milliards d’euros (document 1) ;
- Aides à l’embauche des jeunes : 5 000 ou 8 000 euros pour un apprenti, 1 000 euros par trimestre pour un jeune de moins de 26 ans (document 1) ;
- Aides aux entreprises en difficulté, comme le fonds de solidarité ou la prise en charge des coûts fixes (documents 1, 6 et 7) ;
- Soutien à la modernisation de l’industrie : Subvention pour l’industrie du futur (document 7), stratégie nationale pour le cloud (document 9) et plan France 2030 de 30 milliards d’euros (document 10).
Les mécanismes attendus
- Soutenir la demande. En préservant le pouvoir d’achat des ménages, l’État entretient la consommation, et le multiplicateur keynésien amplifie l’effet de chaque euro dépensé. L’indemnisation du chômage partiel relève d’une politique passive de l’emploi.
- Soutenir l’offre. Les aides renforcent la trésorerie des entreprises et limitent à court terme les défaillances, y compris celles d’entreprises « zombies ». Les mesures structurelles développent le potentiel productif en misant sur les facteurs de croissance endogène : Investissement, infrastructures, formation, recherche et développement. D’autres servent la transition écologique.
Les enjeux
Intérêts. Ces mesures maintiennent la croissance en soutenant la consommation et l’investissement. Elles remplissent la fonction de stabilisation de la conjoncture décrite par Musgrave et protègent la position concurrentielle des entreprises françaises.
Limites.
- Le coût. Ces dépenses devront être financées, peut-être par des impôts et des cotisations plus lourds à l’avenir. Se pose aussi la question d’une dette publique soutenable. À l’échelle européenne, la France ne respecte plus les règles du Pacte de stabilité et de croissance.
- Le maintien artificiel d’entreprises qui auraient disparu sans soutien public (document 6). Est-ce à l’État de choisir quelles entreprises méritent de survivre ?
- Les capacités de l’État stratège. Dispose-t-il des connaissances suffisantes pour faire les bons choix de politique industrielle et repérer les secteurs qui porteront la croissance ?
Conclusion. À court terme, les mesures ont eu des effets positifs. Les prévisions de croissance pour 2021 sont optimistes et les défaillances d’entreprises ont été contenues, même si la tendance risque de s’inverser quand les aides d’urgence prendront fin. Pour les politiques structurelles, transition écologique ou indépendance industrielle, il faudra plus de recul avant de conclure. Les mesures ont en revanche creusé le déficit public et font douter que la dette française reste soutenable.
2. Comparer les choix budgétaires de la France et de l’Allemagne.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 5.2. Politiques économiques : Objectifs, instruments, impacts › Les instruments à disposition
Attendu : S’appuyer sur les documents 2 à 4, définir les choix budgétaires (une définition simple du budget est acceptée), décrire les choix des deux pays (mesures face à la crise, dépenses publiques, prélèvements obligatoires), puis conclure. Les documents ne renseignent que le niveau des dépenses et des prélèvements.
Définition
Les choix budgétaires portent sur l’usage des finances publiques : Combien les pouvoirs publics dépensent et combien ils prélèvent, et comment ces montants évoluent. Ils concernent toutes les administrations publiques, État, administrations locales et sécurité sociale.
Des mesures de crise d’ampleur voisine (document 2)
La France a engagé des mesures d’urgence et de relance pour 7,6 % de son PIB. Il fallait ces dispositifs pour soutenir l’activité (question 1). L’Allemagne est intervenue plus fortement, avec 8,4 % de son PIB. Dans les deux pays, urgence et relance se partagent l’effort dans des proportions comparables : Environ la moitié de relance en France, un peu plus en Allemagne.
Des dépenses publiques plus élevées en France (document 3)
Depuis 1996, les dépenses publiques françaises tournent en moyenne autour de 55 % du PIB. Elles bondissent entre 2019 et 2020 et atteignent environ 62,5 % du PIB. Elles restent bien au-dessus des dépenses allemandes, qui atteignent 51 % du PIB en 2020. L’Allemagne a pourtant accepté un bond de 6 points de ses dépenses publiques en un an, de 2019 à 2020. Les documents 2 et 3 montrent ainsi que les pays de l’Union ont coordonné leurs politiques budgétaires face à ce choc venu de l’extérieur de l’économie.
Des prélèvements obligatoires stables pendant la crise (document 4)
Les impôts, taxes et cotisations sociales pèsent plus lourd en France qu’en Allemagne sur toute la période : Autour de 45 % du PIB contre 40 %. Pendant la crise, leur taux reste à peu près stable dans les deux pays, alors que les dépenses s’envolent. Les déficits publics se creusent donc, et la question de leur ampleur se pose.
Conclusion. Les deux pays ont accepté de « laisser filer » leur déficit public pour amortir la crise. Ce choix commun montre que les États de l’Union ont coordonné leurs politiques économiques, sans comportement de passager clandestin. Même l’Allemagne s’est affranchie des critères du Pacte de stabilité et de croissance pour affronter la crise.
3. Expliquer l’impact de la crise sanitaire sur le comportement des ménages et des entreprises.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : Agents du système financier & comportements › Épargne et investissement des ménages
Attendu : S’appuyer sur les documents 5 à 7, définir les ménages et les entreprises, expliquer l’effet de la crise sur leurs comportements à l’aide de concepts, de mécanismes ou de références théoriques, puis conclure.
Définitions
Les ménages et les sociétés non financières sont deux agents économiques, ou secteurs institutionnels, de la comptabilité nationale. La crise a modifié les arbitrages qu’ils font entre consommation, épargne et investissement.
Les ménages
Une épargne en forte hausse (document 5). Au deuxième trimestre 2020, le taux d’épargne des ménages atteint 27 % de leur revenu disponible brut. Au premier semestre 2020, ils ont épargné 110 milliards d’euros, plus du triple des 33 milliards épargnés au second semestre 2019. Cette épargne est d’abord forcée : Le confinement et la fermeture de certaines activités (restauration, loisirs, tourisme) empêchent de consommer. Elle devient ensuite une épargne de précaution. Les ménages craignent l’avenir, entre « incertitude économique et financière » et peur d’une dégradation du marché du travail (document 5). Cette crainte a pesé un temps sur leur consommation.
Des anticipations que l’État cherche à orienter. Avec le chômage partiel et le soutien à l’embauche des jeunes, l’État adresse un message aux ménages. Il veut les rassurer sur leurs revenus et sur l’emploi à venir.
Pour les ménages, la crise a donc réduit la consommation et gonflé l’épargne. Un taux d’épargne aussi élevé pèse sur l’activité du pays, car l’épargne est une fuite dans le circuit économique.
Les entreprises
Une trésorerie préservée par le soutien public (document 6). Fin 2020, 15,6 % des entreprises seraient devenues illiquides sans la crise. Avec la crise et le soutien public, la part est estimée à 24 %. Sans soutien public, elle aurait atteint 36 %.
Un investissement qui résiste (document 7). Grâce aux dispositifs de soutien et à des taux d’intérêt bas, l’investissement a continué à progresser au dernier trimestre 2020 (+2,3 %). Sur l’année, il recule de près de 10 %, à peu près comme le PIB (8,3 %), alors que lors des crises précédentes il chutait près de 2,5 fois plus. Les entreprises ont investi pour s’adapter, au numérique en particulier. Elles ont cherché à produire plus efficacement et ont misé sur l’immatériel. L’investissement a donc résisté à la crise, sans la surréaction habituelle.
Des entreprises maintenues en vie artificiellement. Les aides ont aussi sauvé des entreprises vouées à disparaître. Quand elles cesseront, les défaillances risquent d’augmenter, surtout chez les TPE et les PME.
Moins d’emplois détruits que prévu. Les dispositifs de l’État et les anticipations positives des entreprises sur la sortie de crise ont limité les destructions d’emplois liées au recul de l’activité.
Conclusion. Les entreprises restent confiantes : Les taux sont bas, l’État les soutient et la vaccination laisse entrevoir la sortie de crise. Avec leurs besoins d’équipement, numérique en tête, cette confiance favorise l’investissement et l’emploi. Or l’investissement pèse lourd dans la production (le PIB) comme dans l’emploi. Cet équilibre reste fragile. Les aides ont surtout comblé des besoins de trésorerie, et le maintien de l’activité est sans doute provisoire. Le prêt garanti par l’État a profité à près de 659 000 entreprises, des TPE à 90 % (document 1). Les entreprises « zombies » pourraient disparaître à leur tour, et le chômage augmenterait.
4. Identifier et justifier les mesures protectionnistes mises en place par la France et l’Union européenne, dans le cadre de la relance de l’économie.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 7.2. Politiques commerciales et d’attractivité › Le protectionnisme et ses théories
Attendu : S’appuyer sur les documents 8 à 10, définir le protectionnisme (la relance n’est pas à définir), identifier les mesures tarifaires ou non tarifaires, les justifier à l’aide de références théoriques, puis conclure.
Définitions
Protéger son économie nationale, c’est le but du protectionnisme. En temps normal, l’État aide les entreprises du pays à exporter, freine les importations, ou fait les deux. Il dispose de mesures tarifaires, les droits de douane, et de barrières non tarifaires : Quotas, subventions, normes, formalités administratives, taux de change.
L’Union européenne est un espace économique régional intégré de 27 pays. Dans la classification de Béla Balassa, elle a atteint le stade de l’union économique et monétaire. Elle seule mène la politique commerciale de ses membres : C’est une compétence exclusive.
Les mesures protectionnistes
- Le contrôle des exportations (document 8). En pleine crise, des États ont limité leurs exportations au nom de l’intérêt national : À la mi-avril 2020, l’OCDE en comptait 43. Les masques et les équipements de protection individuelle (gants, visières, lunettes) étaient visés. Le 15 mars 2020, l’Union a soumis leur exportation à autorisation, pour lutter contre les restrictions nationales prises par ses propres membres, dont la France. Ces mesures non tarifaires relèvent de la « zone grise » et l’OMC les interdit en principe.
- Le soutien au cloud (document 9). Pour rendre leurs entreprises plus compétitives, l’Union et la France veulent les adapter à leur environnement économique et technologique et favoriser l’apparition de « champions nationaux ». Pour rivaliser avec Amazon Web Services, Microsoft ou Google, la stratégie nationale mobilise 1,8 milliard d’euros en faveur de la filière française du cloud. Le financement associe fonds publics, fonds privés et fonds européens. Subventionner des entreprises européennes est une mesure non tarifaire. Dans le même temps, les acteurs américains font pression à Bruxelles pour que le cloud échappe au futur règlement sur les marchés numériques (Digital Markets Act).
- Le plan France 2030 (document 10). Il subventionne les secteurs technologiques de pointe (numérique, recherche quantique, technologies de la santé) : Ce sont des mesures non tarifaires.
- Le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (document 10). Prévu par le même plan, il accompagne la décarbonation de l’industrie et protège l’industrie française de la concurrence : C’est aussi du protectionnisme non tarifaire.
Les références au néo-protectionnisme sont admises pour qualifier ces mesures.
Pourquoi ces mesures
- La mondialisation, bien qu’elle soit bénéfique selon Smith, Ricardo et le modèle HOS, a favorisé l’essor des firmes multinationales, puis, peu à peu, les délocalisations et l’éclatement des chaînes de valeur. Certains pays, dont la France, ont perdu des spécialisations et ne peuvent plus couvrir leurs besoins nationaux. D’où les stratégies de relocalisation et les politiques commerciales stratégiques qui subventionnent des champions nationaux là où l’enjeu est stratégique, comme le modélisent Brander et Spencer.
- La crise sanitaire a mis sous tension les chaînes de production de masques et de respirateurs, car la demande sur ces marchés a bondi d’un coup. Les mesures protectionnistes se sont alors multipliées. List (protection des industries naissantes) et Kaldor (protection des industries vieillissantes) offrent deux justifications théoriques à ce type de protection.
Conclusion. Face à la crise sanitaire, le protectionnisme peut servir de solution temporaire, comme les restrictions à l’exportation. Il peut aussi aider les entreprises à devenir plus compétitives. Mais il a un prix : Il expose à des représailles commerciales, freine les échanges et la division internationale des processus productifs (DIPP), et peut priver le reste du monde de produits quand un pays bloque ses exportations.
Dossier 2. Question problématisée (10 points)
Les mécanismes de marché sont-ils suffisants pour réguler l’activité économique ?
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 2.2. Concurrence imparfaite et régulation › La régulation
Ce qu’attend le correcteur
- Une introduction qui situe le sujet, par exemple en le reliant au dossier 1 et à ses enjeux actuels, définit les termes clés (« mécanismes de marché », « régulation de l’activité économique ») et annonce le plan ;
- Un développement en deux ou trois parties utiles au sujet et équilibrées, chacune en deux ou trois sous-parties titrées, reliées par des transitions ;
- Dans chaque sous-partie, au moins un argument construit sur un savoir (théorie, outil ou mécanisme expliqué), illustré par un exemple, avec un vocabulaire précis et une argumentation fluide et démonstrative ;
- Une conclusion qui fait la synthèse des arguments et répond à la question, sans ouverture.
Le sujet est large : Le correcteur n’attend pas qu’il soit traité en entier. Il peut se rattacher au thème 2 du programme, au thème 4, ou aux deux.
Introduction
Contexte. Face à la crise sanitaire, l’État français a déployé des mesures d’une ampleur inédite pour relancer l’activité (documents 1 à 4, 6 et 7). Il a rempli sa fonction de régulation pour amortir la récession. Avec la stratégie pour le cloud et le plan France 2030 (documents 9 et 10), il mène aussi des politiques structurelles. Elles posent les bases d’une croissance endogène et visent à faire naître des « champions nationaux » sur des créneaux décisifs. Le dirigeant de ROL. SA se demande justement jusqu’où l’État doit intervenir quand l’économie repose sur le marché.
Toute accroche cohérente est acceptée, par exemple un autre fait d’actualité montrant un État très interventionniste face aux effets économiques de la crise sanitaire.
Le sujet a deux dimensions. Sur le plan conjoncturel, la théorie justifie l’intervention de l’État quand le marché ne retrouve pas seul son équilibre. Sur le plan structurel, l’État et le marché se complètent pour réguler les comportements et l’activité, surtout quand le marché se révèle défaillant, comme le montrent les subventions au cloud (document 9).
Le candidat peut traiter le sujet sous un seul de ces deux angles.
Définitions.
- Le marché est le lieu, réel ou fictif, où une offre et une demande se rencontrent pour fixer un prix. Ses mécanismes supposent des agents qui défendent chacun leur propre intérêt, comme le décrit la main invisible de Smith, et des prix flexibles, fixés par la loi de l’offre et de la demande.
- Réguler l’activité économique, c’est coordonner les décisions des agents pour aboutir à un équilibre, dans la vision néoclassique. Deux modes de coordination s’opposent alors : Le marché et l’État. La régulation figure aussi parmi les fonctions de l’État décrites par Musgrave. L’État agit alors contre les grands déséquilibres, l’inflation ou le chômage par exemple, et pour sortir l’économie des crises.
Toute tentative pertinente de définir la régulation, même incomplète, est valorisée.
Problématique. Le marché suffit-il à coordonner l’activité, ou a-t-il besoin de l’État pour la réguler ?
Autres formulations possibles : Pourquoi le marché n’aboutit-il pas toujours à la meilleure allocation des ressources ? Qu’est-ce qui justifie l’intervention de l’État ? Comment l’État et le marché se complètent-ils ?
Annonce du plan. Le marché est un mode de régulation efficace (I), mais ses limites appellent l’État en complément (II).
I. Le marché, un mode de régulation efficace…
1. La main invisible : L’intérêt de chacun sert l’intérêt général
- Pour Adam Smith, l’individu qui ne pense qu’à son propre intérêt sert sans le vouloir l’intérêt général : C’est la main invisible. Il faut donc « laisser faire » le marché. L’État s’en tient à ses fonctions régaliennes : Police, justice, armée.
- Selon la loi des débouchés de Say, l’offre crée sa propre demande. Dans cette approche du circuit économique, les crises se résorbent d’elles-mêmes. Une intervention de l’État gênerait le bon fonctionnement du marché.
2. Le prix, un signal qui coordonne les décisions
- En concurrence pure et parfaite, des prix qui s’ajustent librement à l’offre et à la demande mènent à la meilleure allocation possible des ressources. Les néoclassiques le montrent marché par marché avec l’équilibre partiel de Marshall, et sur tous les marchés à la fois avec l’équilibre général de Walras.
- Le prix joue son rôle de signal : Il informe les agents et coordonne leurs décisions.
- Pour Hayek, cette coordination décentralisée répond mieux que l’État aux questions de base : Que produire, en quelle quantité, à quel prix ? Un État planificateur n’a pas les capacités cognitives pour rassembler toute l’information dispersée entre les agents.
- L’histoire va dans ce sens. Les économies socialistes d’Europe centrale et orientale se sont effondrées à la fin des années 1980, puis sont passées à l’économie de marché. Là où l’État coordonne l’activité, en Corée du Nord, à Cuba ou au Venezuela, les pénuries sont fréquentes.
3. La concurrence, moteur d’innovation et de sélection
- Quand la concurrence joue, le consommateur y gagne : Les prix baissent et le choix s’élargit.
- La concurrence pousse les entreprises à innover (Schumpeter). Elle sélectionne aussi les entreprises les plus efficaces (Hayek).
- Le rôle de l’État se limite alors à faire respecter le droit.
- Quand les télécoms, le rail et l’aérien ont été ouverts à la concurrence, les consommateurs y ont gagné : Prix plus faibles, offre plus diverse.
Transition. Ce raisonnement suppose des marchés qui fonctionnent bien et qui reviennent seuls à l’équilibre. Ce n’est pas toujours le cas.
II. … mais ses limites appellent l’État en complément
1. Des défaillances de marché que l’État doit corriger
- La concurrence peut se détruire elle-même. Perroux montre ce caractère autodestructeur des forces du marché : Le jeu de la concurrence fait naître des monopoles et des oligopoles. Le numérique amplifie le phénomène par les effets de réseau, où le premier rafle la mise (« the winner takes all »). Dans le cloud, Amazon Web Services, Microsoft et Google détiennent 69 % du marché européen, contre 2 % pour OVHCloud et Deutsche Telekom (document 9). L’État doit alors bâtir un cadre concurrentiel et faire respecter les règles : C’est la politique de la concurrence. Plus largement, dans une économie de marché comme dans une économie mixte, la politique économique de l’État sert à réguler l’activité.
- Avec la mondialisation, cette concentration prive certains pays de « champions nationaux » là où l’enjeu est stratégique. La stratégie française pour le cloud (document 9) répond à ce risque, dans la logique de la politique commerciale stratégique de Brander et Spencer.
- Le marché n’alloue pas non plus les ressources au mieux face aux effets externes, positifs ou négatifs, aux biens collectifs ou aux asymétries d’information. L’action de l’État vise alors à corriger ces défaillances, analysées notamment par Pigou et Coase. Face au développement durable, le marché du carbone, difficile à mettre en place et d’une efficacité relative contre les émissions de gaz à effet de serre, montre les limites des seuls mécanismes de marché.
2. Des crises que le marché ne résorbe pas seul
- Pour Keynes, rien ne garantit le retour spontané au plein-emploi. L’économie peut rester longtemps bloquée dans un équilibre de sous-emploi, et l’État doit intervenir pour la relancer.
- Tous les marchés ne fonctionnent pas comme ceux des biens et services. Le marché du travail en est l’exemple.
- Le krach de 1929 a ouvert une crise que les mécanismes de marché n’ont pas suffi à surmonter.
- La crise sanitaire le confirme. Sans soutien public, 36 % des entreprises seraient devenues illiquides fin 2020, contre 24 % avec ce soutien (document 6). L’investissement a résisté grâce aux aides et aux taux bas (document 7). C’est la fonction de stabilisation que Musgrave confie à l’État.
3. Ni la justice sociale ni la croissance de long terme ne sont garanties
- Le marché n’assure pas à lui seul la justice sociale. L’État redistribue pour réduire les inégalités.
- Selon les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas, Barro), l’État peut entretenir la croissance par ses dépenses d’infrastructures, de recherche et de formation. Le plan France 2030 veut ainsi accélérer des investissements publics créateurs de croissance, d’emplois et d’indépendance industrielle (document 10). La Corée du Sud ou la Chine ont bâti leur trajectoire de croissance sur des investissements et des subventions publics.
- La coordination ne se réduit pas au face-à-face entre l’État et le marché. L’économie sociale et solidaire en propose d’autres formes. Elinor Ostrom a étudié comment des communautés gèrent des biens communs et quelles formes de gouvernance le permettent.
Conclusion
Les mécanismes de marché coordonnent efficacement une grande partie de l’activité : Le prix guide les décisions, la concurrence fait baisser les prix et pousse à innover. Ils ne suffisent pourtant pas à réguler l’activité. Ils laissent naître des monopoles, ignorent les effets externes et les biens collectifs, ne garantissent ni la sortie des crises ni la justice sociale. L’État complète donc le marché : Il fixe les règles de la concurrence, corrige les défaillances, stabilise la conjoncture et investit pour la croissance de long terme. La crise sanitaire l’a montré, avec des aides qui ont limité les faillites et soutenu l’investissement.
Le correcteur attend une synthèse qui répond à la question, sans ouverture.
Autres plans possibles
- Le marché conduit en principe à la meilleure allocation des ressources (I), mais ses défaillances justifient l’action correctrice de l’État (II).
- Un plan en trois parties : Le marché et ses mécanismes de régulation (I), leurs limites, de la concurrence pure et parfaite rarement réunie aux structures de concurrence imparfaite, aux effets externes et aux biens publics (II), puis le rôle de l’État, par ses fonctions d’allocation, de redistribution et de stabilisation, sa politique économique et sa politique de la concurrence (III). Chaque partie peut intégrer une dimension internationale : Libre-échange et spécialisation (avantages absolus de Smith, avantages relatifs de Ricardo), risque de dépendance pour les biens stratégiques, protectionnisme éducateur de List, protection des industries vieillissantes chez Kaldor, secteurs stratégiques chez Krugman.
Écarts au corrigé officiel
Sur 5 points, cette proposition s’écarte du corrigé officiel du CRCF. Chaque écart repose sur le sujet, un calcul refait ou un texte en vigueur à la date de l’épreuve.
| Question | Point | Corrigé officiel | Cette proposition | Justification |
|---|---|---|---|---|
| 1 et 4 | Nom du plan du document 10 | « plan France Relance 2030 (document 10) » en question 1 et « le plan France Relance prévoit » subventions et ajustement carbone en question 4 | Plan France 2030 (document 10), 30 milliards d’euros pour les technologies de pointe et le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières | Document 10, titre « Plan France 2030 : 30 milliards d’euros d’investissement sur les technologies de pointe » et texte : le président de la République « a présenté, le 12 octobre 2021, le plan d’investissement France 2030 ». Le plan de relance cité par le document 7 (mesures de septembre 2020) est un autre dispositif. |
| 2 | Période couverte par le document 3 | « en moyenne 55 % du PIB depuis 1995 » | Dépenses publiques françaises autour de 55 % du PIB en moyenne depuis 1996 | Document 3 : l’axe des abscisses va de 1996 à 2020, aucune donnée pour 1995. |
| 3 | Part des entreprises devenues illiquides | « Cette part aurait été de 24 % sans le soutien des pouvoirs publics (document 8) » | 15,6 % sans crise, 24 % avec la crise et le soutien public, 36 % avec la crise sans soutien (document 6) | Document 6, note de lecture : part « estimée à 24 % avec la crise et le soutien public, mais aurait été de 36 % avec la crise mais sans soutien public ». Le document 8 traite des relocalisations. |
| 3 | Bénéficiaires des prêts garantis par l’État | « 659 000 entreprises ont obtenu un PGE dont 40 % sont des TPE et PME » | Près de 659 000 entreprises, des TPE à 90 % (document 1) | Document 1 : les banques ont accordé près de 134 milliards d’euros de PGE « à près de 659 000 entreprises, à 90 % des très petites entreprises (TPE) ». |
| 4 | Réglementation visée par le lobbying des acteurs américains | les USA font pression pour que l’Europe assouplisse sa législation (RGPD) | Les acteurs américains font pression à Bruxelles pour que le cloud échappe au futur Digital Markets Act | Document 9 : les acteurs américains « dépensent des dizaines de millions d’euros dans une stratégie d’influence à Bruxelles pour que le cloud soit exclu du futur Digital Markets Act (DMA) ». Le RGPD n’est pas cité. |
Questions fréquentes
Où télécharger le sujet du DCG 2022 UE 5 ?
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Fiche de révision DCG UE 5 Économie contemporaine
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