DCG 2023 UE 5 Économie contemporaine : sujet et corrigé
Le sujet de l’UE 5 Économie contemporaine du DCG 2023 comptait 2 dossiers : analyse d’un dossier documentaire et question problématisée.
Vous trouverez ici le sujet officiel en PDF et une proposition de corrigé Max Compta, question par question, alignée sur les éléments indicatifs du corrigé officiel du CRCF. L’épreuve durait 4 heures, coefficient 1.
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Sous chaque question, ce corrigé indique le chapitre de la fiche Max Compta UE 5 où la notion est traitée. Vous savez tout de suite quoi revoir, question par question, sans chercher dans votre cours. Extrait gratuit de la fiche UE 5.
- Ce document n’est pas le corrigé officiel. Il rédige les réponses du dossier 1 et propose une argumentation complète pour la question problématisée.
- Certains éléments sont présentés en listes pour la lisibilité. Le jour de l’épreuve, le correcteur attend une copie construite et rédigée de bout en bout.
- Le jury conseille de travailler les notions fondamentales du programme, de suivre l’actualité économique pendant toute l’année et de s’entraîner à argumenter sur une problématique dans le temps de l’épreuve.
- Les mentions « valorisé » indiquent ce que le correcteur récompense sans l’exiger. Les chiffres qui ne viennent pas des documents du sujet sont signalés.
- Barème du sujet : Dossier 1 (analyse d’un dossier documentaire) sur 9 points, dossier 2 (question problématisée) sur 11 points.
Dossier 1. Analyse d’un dossier documentaire (9 points)
1. Mettre en évidence les mécanismes qui ont induit une hausse générale des prix en France ces dernières années.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 2.1. Dynamiques du marché concurrentiel
Attendu : S’appuyer sur les documents 1 à 4, définir le prix ou l’inflation, rappeler le contexte des trois dernières années, puis identifier les sources de la hausse des prix (offre ou demande, causes conjoncturelles ou structurelles) en expliquant les mécanismes. Nommer le type d’inflation n’est pas attendu, mais c’est valorisé.
Définitions
Le prix est une information. Il renseigne chaque agent sur la rareté d’un bien et lui permet de faire ses choix. Sur un marché concurrentiel, il naît de la rencontre entre ceux qui offrent et ceux qui demandent. C’est donc un signal qui coordonne les décisions des agents.
L’inflation est une hausse générale et durable des prix (document 2, note). En France, l’Insee la mesure par l’indice des prix à la consommation (IPC). Cet indice suit, d’une période à l’autre, les prix des principaux biens et services d’un panier représentatif de la consommation des ménages.
Le constat, des prix en hausse depuis la fin de 2020
La crise sanitaire puis la guerre en Ukraine sont des chocs venus de l’extérieur de l’économie, et ils l’ont rendue très instable. Le graphique de l’Insee (document 1) montre un IPC orienté à la hausse dès la fin de 2020. Le mouvement s’accélère en 2022 : Sur un an, l’inflation passe d’environ 3 % en janvier à près de 6 % en août (6,1 % en juillet, 5,8 % en août). L’énergie tire l’ensemble, avec des prix en hausse de 28,5 % sur un an en juillet 2022 et de 22,2 % en août.
Les mécanismes à l’origine de la hausse
Le document 3 rattache l’inflation à des déséquilibres sur les marchés. Ils viennent ici de chocs exogènes, du côté de l’offre comme de la demande, auxquels s’ajoute une cause monétaire.
1. Un choc d’offre sur l’énergie et les matières premières
La Russie et l’Ukraine exportent beaucoup d’énergie (gaz, pétrole) et de produits agricoles comme le blé. L’Europe dépend fortement du gaz russe : Plus de 43 % des importations de gaz de l’Union venaient de Russie en 2020 (document 2). Le conflit réduit l’offre d’énergie au moment où la demande grimpe avec la reprise qui suit la crise sanitaire. Les prix de l’énergie s’envolent et entraînent ceux des autres matières premières. Les entreprises voient leurs coûts de production augmenter et les reportent sur leurs prix de vente. La hausse gagne l’alimentation (7,7 % sur un an en août 2022), les produits manufacturés (3,5 %) et les services (3,9 %) (document 1). Les sanctions prises contre la Russie perturbent en outre les échanges (document 2).
Valorisé : On parle ici d’inflation par les coûts.
2. Une demande qui repart plus vite que l’offre
Après les confinements, la consommation repart fortement. L’offre ne peut pas suivre, car les chaînes d’approvisionnement sont rompues, en particulier pour les intrants et les produits semi-finis importés de Chine. Le document 3 décrit ce « rebond exceptionnel d’activité » et des goulets d’étranglement que la guerre en Ukraine a aggravés. Ces ruptures mettent aussi au jour une fragilité durable sur certains produits stratégiques, les semi-conducteurs par exemple.
Valorisé : C’est une inflation par la demande, avec une part structurelle.
3. Une origine monétaire
Après la crise des subprimes de 2008, les grandes banques centrales d’Occident ont recouru à des politiques monétaires non conventionnelles (quantitative easing), par peur de la déflation. La monnaie en circulation a fortement augmenté : Dans la zone euro, l’agrégat M3 passe de 9 402 milliards d’euros vers 2008 à 14 522 milliards fin 2020 (document 4). Une partie de l’inflation observée aujourd’hui aux États-Unis et dans la zone euro peut venir de cet excès de monnaie.
Valorisé : C’est l’inflation d’origine monétaire. Pour Milton Friedman, figure du monétarisme, l’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire.
Conclusion. La hausse des prix que connaît la France a donc plusieurs sources : Des déséquilibres sur les marchés et des phénomènes monétaires. Comme le prix guide les décisions de tous les agents, son dérèglement justifie que les pouvoirs publics agissent pour ramener la stabilité des prix.
2. Analyser les mesures monétaires mises en place par la BCE pour garantir la stabilité des prix depuis 2017.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 5.3. L’Union européenne › La politique monétaire unique
Attendu : S’appuyer sur les documents 1 et 3 à 6, définir la politique monétaire et la mission de la BCE, identifier les mesures prises depuis 2017 et les objectifs qu’elles servent, puis expliquer leurs intérêts et leurs limites.
Définitions
La politique monétaire est l’un des volets de la politique économique. Un État ou une autorité monétaire agit sur l’activité en régulant la quantité de monnaie en circulation. Selon l’objectif visé, il emploie des instruments conventionnels ou non conventionnels.
La Banque centrale européenne (BCE) conduit la politique monétaire de la zone euro. Son mandat est d’abord la stabilité des prix, avec un objectif d’inflation de 2 % (document 6). Ses deux grands leviers sont ses taux d’intérêt directeurs et ses achats de titres financiers.
I. De 2017 à 2021, une politique expansive contre le risque de déflation
Sur cette période, la BCE redoute la déflation. Elle soutient donc l’économie par une politique monétaire expansive, à l’aide de deux leviers.
L’idée d’un risque de déflation est attendue. Le candidat qui n’emploie pas le mot « déflation » n’est pas pénalisé.
- Des taux directeurs très bas, et même négatifs. Le taux directeur principal de la BCE est à 0 % depuis mars 2016 (document 5). Les banques se refinancent à faible coût et prêtent à faible coût. Emprunter devient attractif, ce qui soutient la demande globale. Or chaque crédit qu’accorde une banque commerciale fait naître de la monnaie à partir de rien (ex nihilo) : La masse monétaire augmente.
- Des achats massifs de titres. À partir de 2015, la BCE rachète des obligations en très grande quantité pour relancer l’activité et éviter la déflation : C’est l’assouplissement quantitatif. Elle paie ces titres en émettant de la monnaie, ce qui gonfle encore la masse monétaire. Le document 6 chiffre à quelque 5 000 milliards d’euros les obligations rachetées depuis 2015. En mars 2020, face à la crise sanitaire, la BCE lance en plus le programme PEPP. Il apporte de la liquidité à des économies à l’arrêt, frappées à la fois par un choc d’offre et par un choc de demande.
Ces mesures ont éloigné la déflation et gardé les prix relativement stables (document 1). Sur un an, l’inflation reste à peu près entre 1 % et 2 % jusqu’à la crise sanitaire. Elle reste voisine de zéro pendant presque toute l’année 2020, remonte tout au long de 2021 et dépasse la cible de 2 % au second semestre.
Elles ont aussi un revers. Une partie de la monnaie créée est allée en Bourse et dans l’immobilier. Le prix de ces actifs a grimpé (document 3), ce qui fait craindre des bulles spéculatives.
II. Depuis 2022, un tournant restrictif contre l’inflation
En 2022, la BCE change de cap. Elle passe à une politique monétaire restrictive pour lutter contre l’inflation.
- La fin des rachats nets d’actifs. Décidée le 9 juin 2022, elle prend effet le 1er juillet (document 6). La BCE veut réduire la création monétaire pour faire baisser l’inflation. Elle envoie aussi aux marchés financiers un signal sur sa politique à venir (forward guidance).
- La hausse des taux directeurs. À partir de juillet 2022, la BCE relève ses taux, une première depuis mai 2011 (document 6). Son taux principal de refinancement atteint 3 % en février 2023 (document 5). Début mai 2023, son taux de dépôt passe à 3,25 % et son taux de refinancement à 3,75 % (données extérieures au sujet). Les banques commerciales se refinancent plus cher et prêtent à des taux plus élevés. Le crédit se resserre : On accorde moins de nouveaux crédits, donc la masse monétaire progresse moins.
Ces mesures devraient contenir les pressions inflationnistes. Elles présentent cependant plusieurs risques.
- Un risque de récession, puisque le crédit plus cher freine l’investissement et la consommation. Le document 3 redoute qu’une politique « fortement et rapidement restrictive » fasse chuter les marchés financiers, pénalise l’investissement productif et augmente le chômage.
- Une dette publique qui coûte plus cher, dans une zone euro où les écarts monétaires et réels entre États membres persistent.
- Des effets sur le change. Les marchés financiers étant mondialisés, des taux plus élevés dans la zone euro modifient les flux de capitaux et les prix sur le marché des changes. La valeur de l’euro face aux autres monnaies change, et avec elle les soldes commerciaux des États membres.
- Des tensions dans le système bancaire. Quand les taux montent, les obligations que détiennent les banques perdent de leur valeur et certaines banques sont fragilisées : C’est le « krach silencieux », dont la banque américaine SVB est un exemple.
Conclusion. Entre 2017 et 2022, la BCE a soutenu l’économie par une politique expansive, puis elle a basculé vers la restriction à partir de juin 2022. Ce virage répond à la poussée de l’inflation, mais il comporte des risques.
3. Analyser les mesures budgétaires prises par les pouvoirs publics pour faire face à la hausse générale des prix.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 5.2. Politiques économiques : Objectifs, instruments, impacts › Les politiques
Attendu : S’appuyer sur les documents 7, 8 et 9, définir la politique budgétaire, dire de quel type de politique économique relèvent les mesures (soutien de la demande, redistribution), puis présenter plusieurs mesures, leurs objectifs, leurs intérêts et leurs limites.
Définitions
La politique budgétaire désigne l’action de l’État qui utilise son budget, c’est-à-dire ses dépenses et ses recettes, pour atteindre des objectifs économiques. Nicholas Kaldor les a réunis dans son carré magique : La croissance, le plein emploi, la stabilité des prix et un excédent de la balance commerciale.
Le budget sert aussi des objectifs sociaux, dans la logique de l’État-providence. Redistribuer, pour les administrations publiques, c’est corriger la façon dont les revenus se répartissent entre les ménages. Fixer le SMIC, verser des revenus de transfert ou produire des services collectifs relève de cette logique. Les pouvoirs publics s’entendent ici au sens large : État et administrations centrales, collectivités locales, sécurité sociale.
Les objectifs
Face à l’inflation, l’État se sert de l’outil budgétaire, et surtout de la dépense publique. Il veut maintenir la consommation et freiner la perte de pouvoir d’achat. L’inflation a aussi un coût social, car elle peut creuser les inégalités économiques et sociales. Des mesures budgétaires peuvent en limiter l’ampleur.
Le document 7 montre l’enjeu. Le revenu disponible brut réel des ménages baisse en 2022 (0,1 %) puis en 2023 (0,3 %). La consommation des ménages ne progresserait que de 0,9 % en volume en 2023, contre 2,5 % en 2022. Si le pouvoir d’achat recule, la consommation recule, puis la reprise de l’activité et l’emploi en souffrent.
Les mesures
Les mesures visent surtout les ménages (documents 7 et 9).
- Des revenus de transfert en hausse : Revalorisation anticipée des prestations sociales (4 %) et de l’indice de la fonction publique (3,5 %) en juillet 2022, pour 10,4 milliards d’euros, et aide de rentrée exceptionnelle.
- Des prélèvements obligatoires en baisse : Suppression de la contribution à l’audiovisuel public (la redevance télé), taxe d’habitation réduite puis supprimée en 2023, cotisations des travailleurs indépendants allégées en 2023.
- Le bouclier tarifaire sur l’électricité et le gaz, mesure exceptionnelle de 2022 reconduite par la loi de finances pour 2023 (document 9).
- Le chèque énergie exceptionnel, qui coûte avec l’aide de rentrée 2,9 milliards d’euros.
Le type de politique économique
Il s’agit d’une relance budgétaire par la demande, d’inspiration keynésienne. Elle soutient d’abord les ménages modestes, dont la propension marginale à consommer est forte. Elle doit aussi empêcher la pauvreté de remonter, alors qu’elle reste plus basse que dans la plupart des pays de l’Union : 7,6 % en 2020, autant qu’en 2009, malgré la crise sanitaire (document 8). L’État poursuit donc à la fois des objectifs économiques (le pouvoir d’achat, puis la croissance) et sociaux (la pauvreté). Plusieurs mesures relèvent plus précisément de la redistribution : La revalorisation des prestations sociales, la hausse du SMIC et l’aide de rentrée exceptionnelle.
Les résultats
Ces mesures soutiennent la consommation, soit en augmentant le revenu disponible, soit en freinant la hausse des prix de l’énergie. Le document 9 évalue plus précisément le bouclier tarifaire. On lui reproche de ne pas être ciblé, mais ses auteurs y voient « un bon compromis entre inflation, croissance, pouvoir d’achat et inégalités ».
| Scénario (document 9) | Croissance 2022 | Inflation 2022 | Dette publique en 2027 |
|---|---|---|---|
| Sans bouclier | 1,10 % | 7,5 % | 110,7 % du PIB |
| Bouclier en 2022 et 2023 | 2,85 % | 6,4 % | 112,5 % du PIB |
| Indexation des salaires | 2,22 % | 7,5 % | 114,1 % du PIB |
| Relance par des transferts | 1,65 % | 7,8 % | 119,3 % du PIB |
Avec le bouclier, l’inflation de 2022 est contenue à 6,4 % au lieu de 7,5 %, et la croissance tient à 2,85 % au lieu de 1,10 %, une croissance que les auteurs disent « forte en emploi ». Le bouclier protège d’abord les ménages pauvres, qui consacrent l’essentiel de leur budget à l’alimentation et à l’énergie, les postes qui augmentent le plus. Il limite ainsi la hausse des inégalités : Les ménages les plus aisés consomment jusqu’à 2,4 fois plus que les plus modestes, contre 2,5 fois sans bouclier. À titre de comparaison, indexer les salaires sur les prix aurait alimenté une spirale prix-salaires et, selon les auteurs, affaibli l’activité et l’emploi.
Les limites
Ces mesures coûtent cher, alors que la dette publique atteint 111,6 % du PIB fin 2022 (donnée extérieure au sujet). On peut se demander si les moyens engagés sont à la mesure des résultats. Le seul bouclier tarifaire coûte environ 110 milliards d’euros sur deux ans (document 9), ce qui pose la question de la soutenabilité de la dette. En 2027, la dette atteindrait 112,5 % du PIB avec le bouclier, et 119,3 % avec une relance par des transferts.
Le document 9 évoque justement cette autre voie : Verser à tous les ménages un chèque énergie du même montant, calé sur leur consommation d’énergie incompressible, au lieu de subventionner une partie du prix de toute l’énergie consommée. L’aide aurait été bien plus redistributive, car les ménages aisés n’auraient pas vu toute leur consommation d’énergie subventionnée, y compris pour leurs loisirs. Selon le même document, elle aurait en revanche moins soutenu la croissance et davantage alourdi la dette.
Conclusion. Dans un contexte très incertain, les pouvoirs publics ont pris plusieurs mesures budgétaires. Elles servent l’économie (freiner l’inflation, maintenir la demande, préserver la reprise et l’emploi) et la cohésion sociale (contenir les inégalités et la pauvreté). Leur coût pèse sur des finances publiques déjà très endettées.
Dossier 2. Question problématisée (11 points)
L’État peut-il intervenir efficacement aujourd’hui pour lutter contre les déséquilibres sociaux ?
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 6.2. Les politiques de l’emploi et la flexibilité › Les politiques de l’emploi
Ce qu’attend le correcteur
- Une introduction qui replace le sujet dans son contexte, par exemple en le reliant au dossier 1 et à l’actualité (toute accroche cohérente est acceptée), définit les termes clés (« État » au sens large, « déséquilibres sociaux », « efficacement », « aujourd’hui ») et annonce le plan ;
- Un développement en deux ou trois parties utiles au sujet et à peu près équilibrées, chacune en au moins deux ou trois sous-parties titrées, reliées par des transitions ;
- Dans chaque sous-partie, au moins un argument construit sur un savoir (théorie, outil ou mécanisme expliqué), illustré par des exemples, avec un vocabulaire précis et une argumentation fluide et démonstrative ;
- Une conclusion qui fait la synthèse des arguments et répond à la question, sans ouverture.
Traiter une seule forme de déséquilibre social n’est pas pénalisé. Défendre l’intervention de l’État sans montrer ses risques, ses limites et ses marges de manœuvre réduites l’est en revanche.
Introduction
Accroche. Le retour de l’inflation menace le pouvoir d’achat. Sans intervention de l’État, il fait surtout craindre une hausse de la pauvreté, car les prix augmentent le plus sur l’énergie et l’alimentation, qui couvrent des besoins essentiels (documents 7 à 9). Le marché du travail devrait aussi se dégrader : L’OFCE attend 175 000 emplois perdus en 2023 (document 7).
Définitions.
- L’État s’entend au sens large : L’État lui-même, mais aussi les collectivités locales et la sécurité sociale. Son rôle dépasse le régalien (police, défense, justice). Il pose les règles juridiques de la vie économique et se sert de son budget pour agir sur la conjoncture ou sur les structures, selon ses objectifs. Deux conceptions s’opposent : L’État-gendarme, cantonné au régalien, et l’État-providence, qui protège la population contre les aléas de la vie.
- Les déséquilibres sociaux regroupent le chômage, qui est un déséquilibre du marché du travail, les inégalités sociales, la pauvreté et la précarité. Les documents insistent sur la pauvreté, mais le sujet est plus large.
- Intervenir efficacement, c’est atteindre l’objectif social fixé, comme réduire le chômage ou les inégalités. L’efficacité se juge aussi du point de vue des finances publiques, avec le souci de rationaliser la dépense.
- Aujourd’hui renvoie aux contraintes actuelles qui réduisent les marges de manœuvre des États : La contrainte financière, l’appartenance à l’Union européenne et à la zone euro, une économie mondialisée.
Valorisé : Présenter brièvement les conceptions du rôle de l’État (État-gendarme, État-providence) pour ancrer le sujet dans les débats théoriques, et intégrer à la réflexion les différentes formes de déséquilibres sociaux.
Problématique. Jusqu’où l’action de l’État peut-elle corriger les déséquilibres sociaux, quand ses marges de manœuvre se réduisent ?
Autres formulations possibles : La justice sociale justifie-t-elle que l’État intervienne ? Quelles mesures peut-il prendre, à quel coût et pour quels effets ? Peut-il préparer une croissance qui profite à tous ?
Annonce du plan. L’État a de nombreux leviers pour agir sur les déséquilibres sociaux (I). Son action reste pourtant d’une efficacité inégale, car elle est de plus en plus contrainte (II).
I. Des leviers nombreux contre les déséquilibres sociaux
1. Favoriser une croissance soutenue et inclusive
L’État peut investir dans ce qui produit de fortes externalités : L’éducation, la formation, l’innovation, les infrastructures publiques. Les théories de la croissance endogène montrent que ces dépenses entretiennent la croissance, par le capital humain chez Becker et Lucas, par les infrastructures publiques chez Barro. Aghion et Cohen proposent de repenser l’État autour de cette idée : Le niveau de formation de la population et l’effort éducatif déterminent la croissance potentielle. Une croissance plus forte crée des emplois et des revenus. La courbe de Kuznets décrit d’ailleurs comment le lien entre croissance et inégalités évolue avec le niveau de développement. Pour Amartya Sen, le développement humain passe enfin par les capabilités, c’est-à-dire les possibilités réelles de chacun, que l’école et la santé publiques élargissent.
2. Redistribuer, le principal outil contre la pauvreté et les inégalités
- L’impôt réduit les écarts de revenu et de patrimoine : Impôt progressif sur le revenu, impôt sur la fortune ou sur la propriété immobilière, droits de succession, taxes foncières et droits de mutation. Piketty montre le poids de la rémunération du capital dans les inégalités et le rôle que peut jouer l’imposition du patrimoine. Or des inégalités qui se creusent peuvent freiner la croissance d’un pays.
- Les services publics gratuits ou presque favorisent l’égalité des chances, par exemple contre l’échec scolaire. Ils donnent aussi aux ménages pauvres les moyens de travailler et de gagner en employabilité : Crèches subventionnées, aides à la petite enfance, école et formation initiale gratuites, université financée par l’État, formation professionnelle.
- La protection sociale verse des transferts aux plus modestes, comme le RSA, les APL, les bourses d’études ou le minimum vieillesse.
- La loi protège enfin les plus défavorisés, avec le droit au logement ou le salaire minimum.
Ces choix s’appuient sur la fonction de redistribution que Musgrave confie à l’État et sur la notion de justice sociale chez Rawls. Les résultats sont réels. La France compte parmi les pays les moins inégalitaires selon l’indice de Gini. Moins de 15 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté fixé à 60 % du niveau de vie médian, et moins de 9 % sous le seuil de 50 %. Sans redistribution, ce taux dépasserait nettement 20 % : 22,1 % en 2017 avant redistribution, contre 14,1 % après, soit 8 points de moins. Ces taux de pauvreté sont des données extérieures au sujet. Le document 8 attribue au modèle social français une pauvreté stable, à 7,6 % en 2020 comme en 2009, et un nombre d’allocataires du RSA plus faible en juin 2022 qu’en juin 2019.
3. Amortir les chocs en cas de crise
- L’État peut soutenir la demande, en particulier la consommation des ménages, par des politiques conjoncturelles. Pour Keynes, les ménages pauvres consomment une plus grande part de leur revenu : Un transfert en leur faveur relance davantage l’activité, et le multiplicateur de la dépense publique amplifie l’effet. Le bouclier tarifaire en est un exemple récent (document 9).
- Par sa politique de revenus, il pèse sur le partage primaire de la valeur ajoutée au profit des salariés. Il fixe et revalorise le salaire minimum, comme en 2022 (document 7).
- Sa politique de l’emploi combine des mesures actives et passives. Elle cherche à faire reculer le chômage, à sécuriser les parcours professionnels, à faciliter la rencontre entre offres et demandes d’emploi, à éviter un marché du travail coupé en deux et à tenir compte des effets de la révolution numérique. Les analyses du chômage (classique ou keynésien), de la segmentation et de la polarisation du marché du travail aident à choisir les bons leviers.
Le chômage a reculé partout en Europe. En novembre 2022, il touche 6,5 % des actifs dans la zone euro et 7 % en France, et le taux d’emploi reste élevé (données extérieures au sujet). La situation pourrait toutefois se retourner, avec 175 000 emplois perdus attendus en France en 2023 (document 7).
Transition. Les moyens d’agir ne manquent pas. Leur efficacité dépend pourtant des ressources de l’État et du contexte dans lequel il intervient.
II. Une efficacité limitée par de fortes contraintes
1. Une intervention coûteuse et difficile à financer
- La dette publique limite les capacités financières de l’État. Sa soutenabilité devient plus délicate quand les taux d’intérêt montent. S’y ajoutent les règles européennes qui encadrent déficits et dette : Le Pacte de stabilité et de croissance, le TSCG contre le laxisme budgétaire, la règle d’or.
- Le consentement à l’impôt s’effrite. Relever les prélèvements fiscaux ou sociaux peut devenir très impopulaire, comme l’a montré le mouvement des gilets jaunes. La courbe de Laffer résume la limite : Trop d’impôt tue l’impôt.
- La protection sociale peine à se financer, entre déficits publics et retraites par répartition, qui dépendent du rapport entre actifs et retraités.
- Les monétaristes recommandent de limiter les déficits budgétaires et la création monétaire pour lutter contre l’inflation, ce qui réduit encore les marges de l’État.
Le poids de l’État est déjà très élevé en France. En 2021, les prélèvements obligatoires, nets des crédits d’impôt, représentent 44,3 % du PIB, les dépenses publiques 59,1 % et la dette publique 112,9 % (données de l’Insee, extérieures au sujet). Les usagers se disent pourtant moins satisfaits des services publics, surtout de la santé et de l’éducation, d’après le baromètre de l’Institut Paul Delouvrier de janvier 2023.
2. Un État-providence et une redistribution moins efficaces qu’attendu
- Les dépenses sociales dépassent 30 % du PIB en France (donnée extérieure au sujet), et pourtant pauvreté et exclusion persistent. Le niveau de vie des 10 % les plus pauvres stagne : 723 euros par mois en 2003, 726 euros en 2019 (document 8).
- L’impôt corrige peu la pauvreté et les inégalités, car les impôts indirects, socialement injustes, y pèsent lourd : La TVA, la taxe sur les carburants (TICPE, devenue accise sur les énergies en 2022).
- En fixant certains revenus, l’État dérègle les mécanismes de marché, surtout sur le marché du travail. D’où les débats sur le niveau du SMIC, sur la durée et sur le montant de l’indemnisation du chômage.
- Les minima sociaux risquent de décourager la reprise d’un emploi. Quand travailler rapporte à peine plus que les allocations, on parle de trappe à pauvreté. Pour les théories libérales, la redistribution devient alors désincitative et inefficace.
- Les travailleurs pauvres se multiplient : Emplois précaires et temps partiels sous le seuil de pauvreté. Les politiques de l’emploi n’ont qu’une efficacité relative sur le chômage structurel.
Rosanvallon voit l’État-providence traverser à la fois une crise financière, une crise d’efficacité et une crise de légitimité. L’école du Public Choice voit dans le système électoral et le poids des lobbies une source d’inefficacité propre à l’action publique. Pour les libertariens, comme Hayek ou Nozick, l’intervention de l’État est même illégitime.
3. Des États-providence mis en concurrence par la mondialisation
- Avec la libéralisation des échanges, une protection sociale coûteuse pèse sur la production et peut dégrader la compétitivité-prix du pays. L’Allemagne a redressé sa compétitivité à partir des années 2000 en finançant davantage sa protection sociale par l’impôt et en créant les mini-jobs des lois Hartz.
- La concurrence des pays à bas salaires et à faible protection sociale a poussé aux délocalisations et aux investissements à l’étranger, par exemple dans le textile.
- Les territoires se livrent une concurrence fiscale et sociale qui risque de tirer les protections vers le bas et peut peser sur l’attractivité d’un pays. En France, des prélèvements obligatoires élevés, de lourds impôts de production et des cotisations sociales qui alourdissent le coût du travail posent la question de la compétitivité.
Conclusion
L’État dispose de leviers puissants contre les déséquilibres sociaux : Investir dans la croissance, redistribuer, amortir les crises. En France, la redistribution contient la pauvreté, et le bouclier tarifaire a limité les effets de l’inflation sur les ménages modestes. Son intervention est pourtant de moins en moins libre. Une dette élevée, des taux en hausse, les règles européennes, un consentement à l’impôt fragile et la concurrence internationale réduisent ses marges. L’État peut donc encore agir efficacement aujourd’hui, à condition de mieux cibler ses dépenses et de les financer de façon soutenable.
Le correcteur attend une synthèse qui répond à la question, sans ouverture.
Autres plans possibles
- Selon les trois fonctions de l’État décrites par Musgrave : L’allocation des ressources grâce aux services publics (I), la répartition des richesses, que l’État est seul à pouvoir corriger fortement par la redistribution (II), la stimulation de l’activité, principale source de richesses, et l’action face aux crises qui aggravent les déséquilibres sociaux (III).
- L’État-providence, qui protège mieux contre les aléas de la vie et contre la pauvreté (I), puis l’action macroéconomique en faveur d’une croissance inclusive (II). Variante : La lutte contre le chômage (I), puis contre les inégalités et la pauvreté (II).
- Dans un capitalisme mondialisé, l’action de l’État est nécessaire pour corriger le partage des richesses (I), mais elle reste souvent insuffisante, car parfois inefficace, voire illégitime (II).
Avec les deux premiers plans, chaque sous-partie doit rester nuancée : Elle présente les effets attendus de l’intervention, compte tenu de marges de manœuvre réduites.
Écarts au corrigé officiel
Sur 5 points, cette proposition s’écarte du corrigé officiel du CRCF. Chaque écart repose sur le sujet, un calcul refait ou un texte en vigueur à la date de l’épreuve.
| Question | Point | Corrigé officiel | Cette proposition | Justification |
|---|---|---|---|---|
| 2 | Niveau des taux directeurs en 2023 | hausse des taux directeurs « pour atteindre, 3 % en février 2023, et 3,25 % début mai 2023 », comme s’il s’agissait d’un même taux | Taux principal de refinancement à 3 % en février 2023 (document 5) ; début mai 2023, taux de dépôt à 3,25 % et taux de refinancement à 3,75 % (données extérieures au sujet) | BCE, taux directeurs (source) : au 8 février 2023, refinancement 3,00 % et dépôt 2,50 % ; au 10 mai 2023, refinancement 3,75 % et dépôt 3,25 %. Aucun taux ne passe de 3 % à 3,25 %. |
| 3 | Chèque énergie de la relance par transferts | des transferts qui « auraient ciblé les plus bas revenus » | Chèque du même montant pour tous les ménages, calé sur la consommation incompressible ; plus redistributif, mais moins favorable à la croissance et plus coûteux en dette | Document 9 (page 10) : « un chèque-énergie » « destiné à tous ménages d’un même montant » ; le même document conclut à une croissance moyenne plus faible et à une dette de 119 % du PIB. |
| question problématisée | Champ du taux de pauvreté | taux de pauvreté rapporté à « la population active » | Moins de 15 % de la population sous le seuil de 60 % du niveau de vie médian, moins de 9 % sous celui de 50 % | Insee : le taux de pauvreté est la part des personnes, dans l’ensemble de la population, dont le niveau de vie est sous le seuil (source). |
| question problématisée | Nom de la taxe sur les carburants | « TIPP » | TICPE, devenue accise sur les énergies en 2022 | La TIPP est devenue la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) en 2011 (Fipeco, fiche Carburants 2021 : la TICPE « a remplacé en 2011 » la TIPP, source, lu le 29/10/2026) ; TICPE reste le nom d’usage en 2023. Depuis le 1er janvier 2022, la taxe ne relève plus du code des douanes mais du code des impositions sur les biens et services (ordonnance n° 2021-1843 du 22 décembre 2021), sous le nom d’accise sur les énergies (art. L. 312-1, source). |
| question problématisée | Taux de prélèvements obligatoires de 2021 | prélèvements obligatoires à 44,8 % du PIB en 2021, dépenses publiques 59 %, dette publique 112,9 % | 44,3 % du PIB (net des crédits d’impôt), dépenses publiques 59,1 % et dette publique 112,9 %, signalés comme données de l’Insee extérieures au sujet | Insee Première n° 1903 du 31 mai 2022 : « Le taux de prélèvements obligatoires (net des crédits d’impôt) demeure quasi stable à 44,3 % du PIB » en 2021 (source). Insee Première n° 1949 du 31 mai 2023 : 44,3 % en 2021, dépenses publiques 59,1 % du PIB, dette 112,9 % fin 2021 (source). Aucune publication de l’Insee ne donne 44,8 % pour 2021 ; les 59 % et 112,9 % du CRCF concordent avec l’Insee. |
Questions fréquentes
Où télécharger le sujet du DCG 2023 UE 5 ?
Le sujet officiel de l’UE 5 Économie contemporaine du DCG 2023 se télécharge gratuitement sur cette page, en PDF, sans inscription. Il est reproduit tel que publié pour la session, précédé d’une page de garde Max Compta.
Existe-t-il un corrigé officiel du DCG 2023 UE 5 ?
Le CRCF établit des éléments indicatifs de corrigé, diffusés aux enseignants. Cette proposition de corrigé Max Compta les suit et signale, preuve à l’appui, les 5 points où elle s’en écarte.
Combien de temps dure l’épreuve de l’UE 5 du DCG ?
En 2023, l’épreuve écrite de l’UE 5 Économie contemporaine durait 4 heures, coefficient 1, d’après le sujet officiel.
Comment réviser l’UE 5 du DCG avec ce sujet ?
Traitez le sujet en temps limité, puis comparez votre copie au corrigé question par question. Sous chaque question, le corrigé indique le chapitre de la fiche Max Compta UE 5 à revoir.
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