DCG 2024 UE 5 Économie contemporaine : sujet et corrigé

DCG 2024 UE 5 Économie contemporaine : sujet et corrigé - Max Compta

DCG 2024 UE 5 Économie contemporaine : sujet et corrigé

Par Max Compta - Correcteur DCG & expert-comptable mémorialiste

Le sujet de l’UE 5 Économie contemporaine du DCG 2024 comptait 2 dossiers : analyse d’un dossier documentaire et question problématisée.

Vous trouverez ici le sujet officiel en PDF et une proposition de corrigé Max Compta, question par question, alignée sur les éléments indicatifs du corrigé officiel du CRCF. L’épreuve durait 4 heures, coefficient 1.

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Sous chaque question, ce corrigé indique le chapitre de la fiche Max Compta UE 5 où la notion est traitée. Vous savez tout de suite quoi revoir, question par question, sans chercher dans votre cours. Extrait gratuit de la fiche UE 5.

Avant de lire
  • Ce document n’est pas le corrigé officiel. Il rédige les réponses du dossier 1 et propose une argumentation complète, sous forme de plan détaillé rédigé, pour la question problématisée.
  • Les phrases en italique disent ce que le correcteur attend, ou ce qu’il valorise sans l’exiger.
  • Le jury conseille de travailler les notions fondamentales du programme, de suivre l’actualité économique pendant l’année et de s’entraîner à argumenter sur une problématique dans le temps de l’épreuve.
  • Barème du sujet : Dossier 1 (analyse d’un dossier documentaire) sur 9 points, dossier 2 (question problématisée) sur 11 points.

Dossier 1. Analyse d’un dossier documentaire (9 points)

1. Expliquer le comportement d’épargne des ménages et ses conséquences sur le financement de l’activité économique française.

Dans la fiche Max Compta UE 5 : Agents du système financier & comportements › Épargne et investissement des ménages

Ce que le correcteur attend : S’appuyer sur les documents 1 à 3, définir l’épargne et le ménage, expliquer le comportement d’épargne (évolution du taux, formes, déterminants et motifs), puis montrer ses effets sur le financement de l’économie. Définir le financement de l’activité n’est pas exigé, mais parler de la capacité de financement des ménages est valorisé, tout comme une lecture précise des chiffres.

Définitions

L’épargne est la part du revenu disponible qui n’est pas consommée. Pour les ménages, l’Insee la définit comme la part du revenu disponible (ou du revenu disponible ajusté, qui ajoute les transferts sociaux en nature) qui ne va pas à la dépense de consommation finale (ou à la consommation finale effective).

Un ménage regroupe les personnes qui vivent sous le même toit, qu’elles aient ou non des liens de parenté. Une personne seule forme donc un ménage.

Dans l’économie, les ménages dégagent en principe une capacité de financement. Les administrations publiques et les sociétés non financières ont au contraire un besoin de financement.

I. Une épargne élevée, placée surtout dans des produits liquides et peu risqués

Au deuxième trimestre 2023, les ménages épargnent près de 19 % de leur revenu disponible brut (RDB). C’est 4 points de plus que la moyenne d’avant la crise sanitaire, autour de 15 % (documents 1 et 2). Depuis 2020, ils ont accumulé une sur-épargne d’environ 220 milliards d’euros. Ils n’y ont pas puisé pour faire face à l’inflation : Le taux est même reparti à la hausse depuis la mi-2022. Le graphique de l’Insee montre le pic de 2020, au-dessus de 20 %, puis une décrue qui laisse le taux bien au-dessus de son niveau des années 2010. L’OFCE prévoit encore un taux proche de 18 % fin 2024 (document 1).

La forme de cette épargne change aussi. Depuis 2022, la BCE mène une politique monétaire restrictive et relève ses taux d’intérêt. Les ménages revoient alors leurs placements (document 3) :

  • Ils sortent de l’argent du numéraire et des dépôts à vue, qui ne rapportent rien : Les flux sont négatifs de 18,8 puis de 12 milliards d’euros aux deux premiers trimestres 2023 ;
  • Ils le reportent sur les dépôts bancaires rémunérés (livrets A, LDD, LEP, PEL...), qui reçoivent 33,9 puis 23,7 milliards d’euros ;
  • Les produits de taux restent la forme dominante, avec environ 60 % de l’encours. L’encours des produits de fonds propres (actions...) progresse pourtant plus vite entre le premier et le deuxième trimestre : +46,8 milliards d’euros, contre +20,7 pour les produits de taux.

II. Ce qui explique ce comportement

Les documents 1 et 2 font ressortir plusieurs facteurs :

  • La hausse du RDB réel, tirée par les revenus financiers (intérêts et dividendes nets). Ils expliquent 1,5 point des 2,1 % de hausse du RDB réel par unité de consommation entre 2019 et la mi-2023. Or les ménages épargnent une plus grande part de ces revenus que des autres : Leur propension marginale à épargner est plus forte ;
  • La suppression de la taxe d’habitation pour les 20 % de ménages les plus aisés, soit environ 8 milliards d’euros. Ces ménages épargnent plus que la moyenne, ce qui relève le taux moyen ;
  • L’inflation, qui ronge la valeur réelle du patrimoine : En 2022, les dépôts et le numéraire ont perdu environ 100 milliards d’euros en valeur réelle. Les ménages épargnent davantage pour compenser cette perte, c’est l’effet d’encaisses réelles ;
  • L’incertitude économique et sociale : Réformes de l’assurance chômage et des retraites, climat politique instable, crainte de l’avenir. Les ménages anticipent le pire et se constituent une épargne de précaution contre les aléas ;
  • Le niveau des taux d’intérêt, qui pousse à épargner plutôt qu’à consommer ;
  • Un changement de comportement des ménages, qui adoptent une consommation plus sobre.

Valorisé : Appuyer l’analyse sur une théorie des comportements d’épargne. Dans le cycle de vie de Modigliani, on épargne pendant la vie active pour désépargner à la retraite. Dans le modèle des choix intertemporels de Fisher, le ménage arbitre entre consommer aujourd’hui et consommer demain, selon le taux d’intérêt. Valorisé aussi : Relever que l’épargne varie selon le revenu, les ménages aisés épargnant davantage (document 1).

III. Les conséquences sur le financement de l’économie

L’épargne précède l’investissement, qu’elle finance. Une épargne aussi abondante devrait donc couvrir sans peine les besoins de financement des entreprises et de l’État. Ce n’est pas le cas, parce que les horizons ne coïncident pas (document 2). Les ménages veulent des placements liquides, de court terme et peu risqués. Les besoins portent au contraire sur le long terme et sur des projets au rendement incertain : Transition écologique, numérique, éducation, santé. Christian de Boissieu y voit un problème « qualitatif » de l’épargne.

Autrefois, les banques comblaient cet écart par la transformation : Elles prêtaient à long terme des ressources collectées à court terme, ce qui a financé une bonne partie des Trente Glorieuses. La réglementation les oblige aujourd’hui à financer le long terme surtout avec des ressources longues, plus difficiles à réunir.

Pour aller plus loin, Christian de Boissieu propose de diversifier les sources de financement. La finance directe (marchés financiers, gérants d’actifs, fonds d’investissement) viendrait compléter la finance indirecte des banques, et la finance participative servirait les petits projets. Il appelle aussi à des partenariats entre financements publics et privés, dans l’esprit des travaux d’Aghion. Enfin, il insiste sur la fiscalité : Taxer moins les placements longs inciterait les ménages à allonger leur épargne.

Conclusion. Malgré l’inflation, le taux d’épargne des ménages n’est toujours pas revenu à son niveau d’avant la pandémie. Les ménages préfèrent des placements courts et peu risqués, ce qui ne facilite pas le financement des investissements de long terme dont l’économie a besoin aujourd’hui.

2. Distinguer les causes du chômage en France.

Dans la fiche Max Compta UE 5 : 6.1. Le marché du travail et ses déséquilibres › Les déterminants du chômage

Ce que le correcteur attend : S’appuyer sur les documents 4 à 7, définir le chômage (et si possible le taux de chômage), dresser le constat de la situation en France, puis distinguer les causes, à partir des faits et des théories (chômage conjoncturel, structurel, classique, keynésien...).

Définitions

Le chômage traduit un déséquilibre du marché du travail : L’offre de travail des ménages dépasse la demande de travail des entreprises.

Au sens du Bureau international du travail (BIT), un chômeur est une personne de 15 ans ou plus qui remplit trois conditions à la fois :

  • Elle n’a pas travaillé durant une semaine donnée ;
  • Elle peut prendre un emploi dans les deux semaines ;
  • Elle a cherché activement un emploi au cours des quatre dernières semaines, ou elle en a trouvé un qui commence dans moins de trois mois.

Le taux de chômage rapporte le nombre de chômeurs à la population active, le tout multiplié par 100. La population active réunit les actifs occupés, qui ont un emploi, et les chômeurs.

En France, l’Insee mesure le chômage au sens du BIT grâce à son enquête Emploi (document 4). France Travail, qui a remplacé Pôle emploi, compte de son côté les demandeurs d’emploi inscrits en fin de mois. Sa catégorie A regroupe ceux qui n’ont aucun emploi et doivent faire des démarches actives de recherche.

Deux situations voisines complètent le tableau :

  • Le halo autour du chômage : Des personnes sans emploi qui en cherchent un sans être disponibles dans les deux semaines, ou qui souhaitent travailler sans avoir fait de démarche le mois précédent (personnes en formation, chômeurs découragés) ;
  • Le sous-emploi : Des personnes à temps partiel qui voudraient travailler davantage et sont disponibles pour le faire (temps partiel subi), ou des salariés à temps complet qui ont travaillé moins que d’habitude malgré eux (chômage partiel, chômage technique).

Le constat

Au troisième trimestre 2023, le taux de chômage au sens du BIT atteint 7,4 % de la population active en France hors Mayotte, soit 2 285 000 personnes (document 4). Il a beaucoup varié de 2003 à 2023, entre un peu plus de 7 % et près de 10,5 % vers 2015. Les pouvoirs publics se sont fixé un objectif de plein emploi, soit un taux de chômage de l’ordre de 5 %, à atteindre d’ici 2027. Dans le carré magique de Kaldor, le plein emploi ne laisse subsister qu’un chômage frictionnel : Le temps de passer d’un emploi à un autre ou d’entrer sur le marché du travail.

I. Des causes conjoncturelles

Le chômage suit d’abord l’activité économique, car l’emploi en dépend. Le graphique du document 4 le montre : Le taux monte à chaque crise, celle des subprimes à partir de 2008, la crise sanitaire en 2020, la guerre en Ukraine à partir de 2022. Quand la croissance ralentit ou que l’économie entre en récession, le chômage augmente. C’est l’explication keynésienne. Les entreprises produisent et embauchent selon la demande qu’elles anticipent, la demande effective. Si elles prévoient une demande plus faible, elles réduisent leur production, puis leurs effectifs.

II. Des causes structurelles

Une partie du chômage persiste même quand la croissance revient. Ce chômage structurel tient aux transformations de l’économie. Il comprend le chômage classique, lié aux imperfections du marché du travail, et le chômage technologique. Les documents 4 à 7 en donnent plusieurs illustrations.

  • Les jeunes sont les premiers touchés. Au troisième trimestre 2023, 17,6 % des actifs de 15 à 24 ans sont au chômage, contre 6,7 % des 25-49 ans et 5,1 % des 50 ans et plus (document 4). Faute d’expérience, ils mettent plus de temps à trouver un emploi.
  • Le chômage dépend aussi du niveau de qualification et de l’expérience (document 4). En 2022, 13,2 % des actifs sans diplôme (ou avec le seul brevet) sont au chômage, contre 4,7 % des diplômés de niveau bac + 2 ou plus. Parmi les non-diplômés sortis de formation initiale depuis 1 à 4 ans, le taux atteint 40,9 %, contre 10,4 % pour ceux qui en sont sortis depuis 11 ans ou plus. Par ailleurs, 539 000 personnes sont au chômage de longue durée, en partie parce que leur employabilité se dégrade avec le temps.
  • Le progrès technique et la recherche de productivité jouent aussi (document 5). Pour gagner en productivité et en compétitivité, les entreprises innovent et remplacent une partie des salariés par des machines, aujourd’hui par l’intelligence artificielle, qui touche à la fois le nombre et la qualité des emplois. Schumpeter parle de destruction créatrice : Des emplois disparaissent dans certains secteurs, d’autres naissent dans de nouvelles activités. Jusqu’ici, les créations l’emportaient sur les destructions (théorie du déversement d’Alfred Sauvy, 1980) et les emplois détruits étaient surtout peu qualifiés, d’où une polarisation du marché du travail. L’intelligence artificielle menace désormais des activités cognitives et des emplois qualifiés, ceux des cols blancs : C’est le paradoxe de Moravec, cité par Daniel Susskind.
  • La concurrence internationale et le coût du travail expliquent enfin une partie du chômage (documents 6 et 7). Dans la filière des véhicules électriques, la France a une compétitivité-prix plus faible que ses concurrents asiatiques et subit une concurrence jugée déloyale : La Chine subventionne sa production, une forme de protectionnisme. Le travail coûte aussi plus cher en France qu’en Chine (SMIC, cotisations sociales). D’où des pertes d’emplois, surtout dans l’industrie, avec les délocalisations et la désindustrialisation. Pour l’école classique, c’est la rigidité des salaires à la baisse qui empêche le marché du travail de retrouver son équilibre.

D’autres causes, absentes du dossier, peuvent être mobilisées, comme les dysfonctionnements du marché du travail étudiés par les nouvelles théories du marché du travail. Toute cause pertinente est valorisée.

Conclusion. Le chômage, encore assez élevé en France, a des causes conjoncturelles (chômage keynésien quand l’activité ralentit) et des causes structurelles (chômage classique et chômage technologique).

3. Analyser les mesures de politique économique relatives à la filière des véhicules électriques.

Dans la fiche Max Compta UE 5 : 2.2. Concurrence imparfaite et régulation › La régulation

Ce que le correcteur attend : S’appuyer sur les documents 6 à 8, définir la politique économique et la filière, puis, pour chacune des deux mesures, dire quels objectifs elle poursuit, de quel type de politique elle relève, quels résultats on en attend et quelles en sont les limites. Tout fait d’actualité lié à ces mesures est valorisé.

Définitions

Une filière rassemble les activités complémentaires qui concourent, de l’amont à l’aval, à la fabrication d’un produit fini (Insee). La filière automobile va ainsi de l’acier au véhicule, en passant par les équipements. Elle couvre en général plusieurs branches.

La politique économique regroupe les décisions par lesquelles les pouvoirs publics se servent d’instruments pour atteindre des objectifs, ici le développement de la filière des voitures électriques en France et dans l’Union européenne. Les pouvoirs publics s’entendent au sens large : L’État et les administrations publiques centrales, mais aussi l’Union européenne.

Mesure 1. L’enquête antisubventions de la Commission européenne

La Commission a ouvert une enquête sur les importations de véhicules électriques à batterie venus de Chine (document 6).

Objectifs. Protéger les entreprises européennes de la filière contre la concurrence déloyale des constructeurs chinois et soutenir leur compétitivité à l’exportation, au bénéfice de l’innovation et des exportations. Permettre aussi aux entreprises européennes de prendre la tête de l’industrie verte, pour réussir la transition écologique.

Type de politique. Une politique commerciale de l’Union européenne, qui peut déboucher sur une mesure protectionniste.

Résultats attendus. Si l’enquête établit des distorsions de marché et une concurrence déloyale, l’Union pourra imposer des droits antisubventions sur ces importations, dans le respect des règles de l’OMC. Les entreprises européennes pourraient alors développer l’emploi et l’innovation, et bâtir une filière durable qui sert aussi la transition écologique.

Limites.

  • Les consommateurs européens risquent de payer plus cher, car les coûts de production montent, pour des véhicules de moindre qualité ;
  • Les constructeurs européens risquent d’être pénalisés, car ils dépendent des batteries et des terres rares chinoises, faute de filière suffisante en Europe ;
  • La Chine peut riposter et compliquer l’accès de son marché aux exportations européennes ;
  • L’emploi peut en souffrir à moyen terme ;
  • La mesure peut échouer à faire naître la filière, comme le montrent l’exemple américain de 1976 à 1980 et celui des quotas imposés aux voitures japonaises en Europe dans les années 1980 (document 7).

Mesure 2. Le leasing social de l’État français

Le leasing social permet de louer une voiture électrique pour 100 € par mois, avec une option d’achat à terme (document 8).

Objectif. Donner aux ménages modestes l’accès à la voiture électrique. La mesure est réservée aux contribuables dont le revenu de référence est inférieur à 15 400 € par an et par part, qui roulent plus de 8 000 km par an pour leur travail ou qui travaillent à plus de 15 km de chez eux. Les demandes sont servies dans l’ordre d’arrivée.

Type de politique. Une politique budgétaire, puisque l’État verse une aide de 13 000 € par véhicule. C’est une politique de demande, qui soutient la demande des ménages les plus modestes. C’est aussi une politique d’offre, qui soutient la filière des véhicules électriques, et à ce titre une politique structurelle. Elle relève enfin de la politique environnementale : La voiture doit remplir les nouvelles conditions du bonus écologique.

Résultats attendus. Faire passer les ménages modestes à la voiture électrique, aider la nouvelle filière à s’installer et réduire les émissions de CO2.

Limites.

  • La mesure est complexe, et la demande des ménages risque de dépasser l’offre des constructeurs, d’où des déçus avec la règle du premier arrivé, premier servi ;
  • Son effet, sur l’environnement notamment, reste limité, car peu de ménages en profitent. Le dispositif a d’ailleurs été suspendu le 14 février 2024, avec une reconduction prévue en 2025 : 50 000 ménages en avaient bénéficié, deux fois plus que l’objectif initial de 20 000 à 25 000 voitures ;
  • Elle pèse sur les finances publiques, alors que les règles européennes imposent de réduire l’endettement.

Conclusion. La filière des véhicules électriques est soutenue à la fois par l’Union européenne et par la France. Les objectifs et les outils diffèrent mais se veulent complémentaires : Politique commerciale, politique environnementale et politique budgétaire, notamment.

Dossier 2. Question problématisée (11 points)

Le progrès technique garantit-il la soutenabilité de la croissance économique ?

Dans la fiche Max Compta UE 5 : 4.3 Finalités, limites et enjeux : Développement durable › Le développement durable

Ce que le correcteur attend

L’introduction contient trois éléments :

  • Une mise en contexte, qui peut relier le dossier 1, le sujet et ses enjeux actuels, et qui fait apparaître la tension entre les trois piliers de la croissance soutenable (économique, social, environnemental). Toute accroche ou mise en contexte cohérente est acceptée ;
  • Les définitions des termes du sujet, « progrès technique » et « soutenabilité de la croissance », avec les trois piliers du développement durable ;
  • L’annonce du plan.

Le développement compte deux ou trois parties pertinentes et à peu près équilibrées. Chaque partie a au moins deux ou trois sous-parties, avec des titres apparents et des transitions qui montrent le fil du raisonnement. Chaque sous-partie porte au moins un argument construit sur un savoir (théorie, outil, mécanisme expliqué) et illustré par un exemple, dans un vocabulaire précis. La conclusion fait la synthèse des arguments et répond à la question, sans ouverture.

Une copie qui traite les trois piliers est valorisée. Une copie qui parle seulement de croissance, sans traiter sa soutenabilité, est pénalisée.

Introduction

Accroche. L’essor de l’intelligence artificielle accroît la productivité, mais il bouleverse l’économie et la société : Daniel Susskind juge cette fois sérieuse la menace d’un chômage technologique, y compris pour les cols blancs (document 5). Dans le même temps, la France et l’Union européenne misent sur la voiture électrique pour garder une industrie forte qui respecte l’environnement, dans le cadre du Pacte vert européen (documents 6 à 8).

Contexte. La croissance des pays développés semble pourtant s’essouffler. Cette panne remet en cause le modèle des Trente Glorieuses, qui avait fortement relevé le niveau de vie, sur le plan économique comme sur le plan social. Fondé sur le progrès technique et sur l’exploitation du capital naturel, ce modèle paraît arriver au bout d’un cycle, et on lui reproche d’abîmer l’environnement. Le défi est de taille : Préserver la planète tout en sortant une partie de l’humanité de la pauvreté, sans déclasser les classes moyennes des pays occidentaux.

Définitions. Le progrès technique regroupe tout ce qui accroît la productivité globale des facteurs de production. Solow le présentait comme une « manne tombée du ciel », source majeure de la croissance, que les économistes ont ensuite cherché à expliquer par l’activité économique elle-même (à l’endogénéiser). Il renvoie à la destruction créatrice de Schumpeter, au rôle de l’entrepreneur et de l’innovation.

Pour François Perroux, la croissance est « l’augmentation soutenue pendant une ou plusieurs périodes longues d’un indicateur de dimension, pour une nation, le produit global net en termes réels ». La notion est quantitative. Une croissance soutenable ajoute une dimension qualitative : Elle accroît le bien-être de la population. Solow (1993) définit la soutenabilité comme le maintien dans le temps d’une capacité générale à produire du bien-être économique. Les générations actuelles ne doivent donc pas consommer « le capital de l’humanité ». La soutenabilité repose sur trois piliers, économique, social et environnemental, et rejoint la notion de développement durable.

Problématique. Le progrès technique suffit-il à rendre la croissance compatible avec le progrès social et la préservation de l’environnement ? Le sujet ouvre d’autres questions : Une croissance verte est-elle possible ? Peut-on se passer des énergies fossiles ? Dans un monde sans croissance, comment sortir de la pauvreté ceux qui vivent sous son seuil ? Faut-il accepter l’idée de décroissance ?

Annonce du plan. Le progrès technique peut rendre la croissance soutenable (I). Il présente pourtant des limites sociales et environnementales (II).

D’autres plans sont admis : Le progrès technique, condition nécessaire mais pas suffisante de la soutenabilité ; Facteur de croissance, mais parfois incompatible avec le développement durable ; Capable de garantir une soutenabilité faible, mais peut-être pas une soutenabilité forte.

I. Le progrès technique, source d’une croissance soutenable

A. Il repousse les limites de la croissance

  • Malthus et Ricardo annonçaient un état stationnaire : Les rendements décroissants, ceux de la terre en particulier, finiraient par bloquer la croissance.
  • Dans le modèle de croissance exogène de Solow, le capital et le travail ont eux aussi des rendements décroissants : Sans progrès technique, la croissance plafonne. Le progrès technique repousse ce plafond, car il rend les facteurs plus efficaces et augmente la production de richesses.
  • Les théories de la croissance endogène (Romer, Lucas) expliquent le progrès technique par l’activité économique elle-même. Ses externalités positives, notion que l’on doit à Marshall et à Pigou, rendent les rendements des facteurs croissants et entretiennent la croissance.
  • Pour Aghion, qui prolonge l’analyse de la destruction créatrice de Schumpeter, l’innovation repousse les limites de la croissance et éloigne l’état stationnaire.

B. Il améliore le bien-être et fait reculer la pauvreté

  • Selon la courbe de Kuznets, la richesse créée profite d’abord à ceux qui sont à l’origine du progrès technique, puis se diffuse à toute la société : Le niveau de vie monte et les inégalités reculent. La croissance est ainsi censée aller de pair avec la réduction de l’extrême pauvreté, et les taux de pauvreté dans le monde ont baissé jusqu’en 2020.
  • Par la destruction créatrice, le progrès technique supprime des tâches pénibles ou à faible valeur ajoutée, comme la manutention dans le bâtiment ou certaines tâches des caissiers, et les remplace par des emplois à plus forte valeur ajoutée. La théorie du déversement de Sauvy montre que les emplois perdus dans un secteur se reforment dans d’autres. De nouvelles filières créent des emplois, dans l’automobile électrique ou le recyclage.
  • Les grandes découvertes scientifiques améliorent la qualité de vie, comme la trithérapie dans le domaine de la santé.

C. Il peut ménager l’environnement

  • Selon la courbe de Grossman et Krueger, la croissance dégrade d’abord l’environnement jusqu’à un pic de pollution. Ensuite, l’enrichissement, le progrès technique et les effets technologiques de la croissance réduisent l’impact sur l’environnement.
  • Une croissance verte devient possible, avec les véhicules électriques (documents 6 à 8) ou les innovations de l’économie circulaire. En Europe, les émissions annuelles de CO2 dues aux énergies fossiles suivent une tendance globalement à la baisse depuis 2010.
  • Les mécanismes de marché aident à résoudre le problème environnemental. Quand une ressource naturelle s’épuise, son prix monte jusqu’au point où il devient rentable de la remplacer par du capital. Les investisseurs financent alors la recherche de produits de substitution, que le progrès technique rend possibles. C’est la soutenabilité faible de Solow, Stiglitz et Nordhaus : Le capital naturel peut être remplacé par d’autres formes de capital.

Transition. Ces arguments supposent que le progrès technique se diffuse vite et sans dégâts. Les faits invitent à nuancer.

II. Des limites sociales et environnementales

A. Des effets sociaux qui ne sont pas garantis

  • La croissance tirée par le progrès technique creuse d’abord les inégalités : Le PIB par habitant augmente pendant la phase de développement sans profiter à toute la population. En France, les inégalités de revenus avant redistribution restent élevées.
  • Le progrès technique peut raréfier le travail et polariser le marché du travail, au profit des emplois très qualifiés et peu qualifiés et au détriment des emplois intermédiaires : C’est le progrès technique biaisé. L’intelligence artificielle accentue le mouvement en s’attaquant aux tâches cognitives (document 5).
  • Les gains de productivité de la révolution numérique portent moins la croissance que ceux des révolutions industrielles précédentes. Gordon y voit une explication de la stagnation séculaire.

B. Des dégâts environnementaux que la technique ne compense pas

  • Le progrès technique produit aussi des externalités négatives, au sens de Marshall : Certaines innovations ont porté la croissance tout en dégradant l’environnement, comme l’industrie pétrochimique.
  • Le rapport Meadows (1972) rend le modèle de croissance fordiste responsable de l’aggravation des dérèglements planétaires. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent d’ailleurs d’augmenter.
  • Pour les tenants de la soutenabilité forte, le capital naturel n’a pas de substitut. Le progrès technique ne peut donc pas compenser l’épuisement des ressources naturelles, et la croissance se heurte à une limite physique.
  • Le « tout électrique » déplace le problème plus qu’il ne le règle : L’exploitation des énergies fossiles cède la place à celle des mines de lithium nécessaires aux batteries.
  • Georgescu-Roegen et Latouche prônent la décroissance. Elle fait pourtant courir un risque à l’économie : Produire moins, c’est réduire les revenus ou les emplois, donc le niveau de vie.

C. Une soutenabilité qui dépend de choix collectifs

  • L’État doit orienter les choix de progrès technique et l’accompagner, par une politique d’éducation ou de formation par exemple.
  • Des partenariats entre acteurs publics et privés permettent d’encadrer ce progrès.
  • De nouveaux modèles économiques répondent à ces limites : Économie circulaire, économie de la fonctionnalité, économie collaborative. Les modes de consommation évoluent eux aussi vers plus de sobriété.

Conclusion

Le progrès technique est un moteur de la croissance. Il peut la rendre moins gourmande en ressources, améliorer le bien-être et faire reculer la pauvreté. Il ne suffit pas pour autant à garantir sa soutenabilité : Ses effets sociaux (inégalités, polarisation de l’emploi) et environnementaux (externalités négatives, ressources sans substitut) dépendent des choix de l’État, des entreprises et des consommateurs. Le progrès technique peut assurer une soutenabilité faible de la croissance, mais pas à lui seul une soutenabilité forte.

Écarts au corrigé officiel

Sur 5 points, cette proposition s’écarte du corrigé officiel du CRCF. Chaque écart repose sur le sujet, un calcul refait ou un texte en vigueur à la date de l’épreuve.

Question Point Corrigé officiel Cette proposition Justification
2 Organisme qui mesure le chômage au sens du BIT « Le BIT mesure le taux de chômage » L’Insee mesure le chômage au sens du BIT par l’enquête Emploi ; France Travail compte les demandeurs d’emploi inscrits Document 4 : graphique et tableau « Source : Insee, enquête Emploi ». Le BIT fixe la définition, l’Insee fait la mesure : l’enquête Emploi est « la seule source fournissant une mesure des concepts d’activité, de chômage et d’emploi tels qu’ils sont définis par le Bureau international du travail » (source)
3 Règles de l’OMC visées par les droits antisubventions droits « conformes aux règles anti-dumping de l’OMC » Droits antisubventions imposés dans le respect des règles de l’OMC Document 6 : enquête « antisubventions », menée selon les « règles de l’UE et de l’OMC ». Les droits frappant des importations subventionnées (droits compensateurs) relèvent de l’Accord sur les subventions et les mesures compensatoires, distinct de l’accord antidumping (source) ; dans l’Union, règlement (UE) 2016/1037 pour les subventions, 2016/1036 pour le dumping (source)
question problématisée Documents cités pour l’accroche sur la filière électrique « documents 6, 7, 8, 9 » Documents 6 à 8 Base documentaire du sujet (page 1) : documents 1 à 8, pas de document 9
question problématisée Auteurs des modèles de croissance endogène Romer, Lucas, Deaton Romer, Lucas Angus Deaton a reçu le prix Nobel 2015 pour ses travaux sur la consommation, la pauvreté et le bien-être, pas sur la croissance endogène (source ; source). Les modèles de croissance endogène sont ceux de Romer (1986, 1990), Lucas (1988), Barro (source), Deaton n’y figure pas
question problématisée Nom de l’auteur de la courbe environnementale « GROSSMAN & KRUEGER » dans les idées, « GROSSMAN et KRUGER » dans les références Grossman et Krueger Gene M. Grossman et Alan B. Krueger, Environmental Impacts of a North American Free Trade Agreement, NBER, 1991 (source)

Questions fréquentes

Où télécharger le sujet du DCG 2024 UE 5 ?

Le sujet officiel de l’UE 5 Économie contemporaine du DCG 2024 se télécharge gratuitement sur cette page, en PDF, sans inscription. Il est reproduit tel que publié pour la session, précédé d’une page de garde Max Compta.

Existe-t-il un corrigé officiel du DCG 2024 UE 5 ?

Le CRCF établit des éléments indicatifs de corrigé, diffusés aux enseignants. Cette proposition de corrigé Max Compta les suit et signale, preuve à l’appui, les 5 points où elle s’en écarte.

Combien de temps dure l’épreuve de l’UE 5 du DCG ?

En 2024, l’épreuve écrite de l’UE 5 Économie contemporaine durait 4 heures, coefficient 1, d’après le sujet officiel.

Comment réviser l’UE 5 du DCG avec ce sujet ?

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