DCG 2025 UE 5 Économie contemporaine : sujet et corrigé
Le sujet de l’UE 5 Économie contemporaine du DCG 2025 comptait 2 dossiers : analyse d’un dossier documentaire et question problématisée.
Vous trouverez ici le sujet officiel en PDF et une proposition de corrigé Max Compta, question par question, alignée sur les éléments indicatifs du corrigé officiel du CRCF. L’épreuve durait 4 heures, coefficient 1.
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Sous chaque question, ce corrigé indique le chapitre de la fiche Max Compta UE 5 où la notion est traitée. Vous savez tout de suite quoi revoir, question par question, sans chercher dans votre cours. Extrait gratuit de la fiche UE 5.
- Ce document n’est pas le corrigé officiel. Il rédige les réponses du dossier 1 et propose un plan détaillé pour la question problématisée.
- Certains éléments sont présentés en listes pour la lisibilité. Le jour de l’épreuve, le correcteur attend une copie construite et rédigée de bout en bout.
- Le jury conseille de maîtriser les notions fondamentales du programme, de suivre l’actualité économique pendant l’année et de s’entraîner à argumenter sur une problématique dans le temps imparti.
- Les points de méthode et les mentions « valorisé » ou « admis » indiquent ce que le correcteur récompense sans l’exiger.
- Barème du sujet : Dossier 1 (analyse d’un dossier documentaire) sur 9 points, dossier 2 (question problématisée) sur 11 points.
Dossier 1. Analyse d’un dossier documentaire (9 points)
1. identifier les enjeux actuels du partage de la valeur ajoutée en France ;
Dans la fiche Max Compta UE 5 : Objet de la science économique › La Valeur ajoutée (VA)
Attendu : S’appuyer sur les documents 1 à 3, définir la valeur ajoutée, expliquer sa répartition primaire entre les agents, montrer ce que chacun gagne ou perd et les effets sur l’activité (consommation, investissement), puis conclure en une phrase.
Définition. La valeur ajoutée mesure la richesse qu’une entreprise crée par son activité. On l’obtient en retirant de la valeur de la production celle des consommations intermédiaires, c’est-à-dire les biens et services achetés puis utilisés pour produire.
I. Une répartition primaire entre plusieurs agents
La valeur ajoutée revient aux agents qui ont contribué, directement ou non, à la produire. Ce premier partage porte le nom de répartition primaire :
- Les salariés reçoivent une rémunération en échange de leur travail ;
- Les actionnaires touchent des dividendes, qui rémunèrent les capitaux qu’ils ont apportés ;
- L’État prélève impôts, taxes et cotisations, qui financent les infrastructures et les services publics ;
- Les banques perçoivent des intérêts sur les crédits qu’elles ont accordés ;
- L’entreprise conserve une partie de ses bénéfices pour s’autofinancer, c’est-à-dire investir et préparer son financement futur.
II. Un partage plutôt favorable aux salariés, mais qui évolue
Dans les sociétés non financières, les rémunérations des salariés représentent 64,9 % de la valeur ajoutée en 2023 (document 1). Le partage reste donc favorable aux salariés. Leur part a pourtant reculé de 1,8 point depuis 2020, où elle atteignait 66,7 %. Sur la même période, le taux de marge, soit la part de l’excédent brut d’exploitation (EBE) dans la valeur ajoutée, passe de 31,3 % à 32,7 % : Il gagne 1,4 point.
Sur longue période, la répartition est plutôt stable depuis les années 1980. Hors part de l’État, les deux tiers vont aux salariés et un tiers aux profits (document 2). La France se montre plus généreuse envers les salariés que les États-Unis, où les profits approchent 40 % de la valeur ajoutée, ou que ses principaux voisins de la zone euro (36 % à 40 %). Le même document relève en revanche que la part des dividendes dans les profits est historiquement élevée : Plus de 80 % en 2022, plus de 50 % en 2023, contre environ 30 % en moyenne de 1980 à 2023. Cette part enrichit les actionnaires sans profiter aux salariés ni à l’investissement.
III. Des enjeux économiques, sociaux et politiques
Ce partage fixe la part de richesse de chaque acteur, et ce que l’un gagne, un autre le perd. Il dépend de la conjoncture, du contexte social (le poids des syndicats, par exemple) et des institutions. Il dépend aussi de qui pèse le plus lorsque l’on négocie, en premier lieu les salariés face aux actionnaires. Les enjeux sont donc à la fois économiques, sociaux et politiques.
- Le pouvoir d’achat. Face au choc inflationniste, l’État a invité les entreprises à prendre leur part de l’effort et à revaloriser les salaires, pour limiter la baisse du pouvoir d’achat des ménages. La part versée aux salariés soutient la consommation. Celle que garde l’entreprise finance son investissement.
- La motivation et l’équité dans l’entreprise (document 3). La participation, l’intéressement et l’abondement lient la rémunération des salariés aux résultats et orientent le partage vers eux, ce qui apaise les tensions. Le plan de partage de la valorisation de l’entreprise (PPVE), créé par la loi du 29 novembre 2023, prolonge ce mouvement : Il verse une prime aux salariés quand la valeur de l’entreprise augmente sur trois ans.
- Le choix des primes plutôt que des salaires. Le document 2 montre que les employeurs préfèrent souvent verser des primes que d’accorder des hausses de salaire durables, par souci de flexibilité.
- Les inégalités. À l’échelle du pays, la répartition primaire peut créer des inégalités de revenus, que la redistribution menée par l’État réduit ensuite.
Conclusion. La France a choisi un partage de la valeur ajoutée qui soutient le revenu des salariés, alors que les États-Unis, par exemple, privilégient la rémunération du capital. Cette différence reflète des contextes économiques et sociaux et des choix politiques propres à chaque pays.
2. apprécier la politique d’attractivité de la France depuis 2017 ;
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 7.2. Politiques commerciales et d’attractivité › Les politiques d’attractivité
Attendu : S’appuyer sur les documents 4 à 7, définir la politique économique et la politique d’attractivité, identifier les mesures volontaristes de l’État (baisse de la fiscalité, savoir-faire, qualité des infrastructures, investissement dans les nouvelles technologies, investissements publics), puis présenter les effets positifs (croissance) et négatifs (comptes publics). Le verbe « apprécier » demande une réponse nuancée, qui pèse les deux.
Définitions
- Politique économique : Ensemble des décisions par lesquelles les pouvoirs publics orientent l’activité vers des objectifs (croissance, emploi, stabilité des prix, équilibre extérieur), à l’aide d’instruments comme le budget, la fiscalité ou la réglementation.
- Politique d’attractivité : Ensemble des mesures que prennent les pouvoirs publics pour attirer les investissements directs étrangers (IDE) sur leur territoire. Elle résulte de choix volontaristes de l’État.
- IDE (définition non exigée, mais valorisée) : Investissement par lequel une unité résidente d’un pays acquiert un intérêt durable dans une entreprise d’un autre pays et pèse réellement sur sa gestion. Par convention, il faut détenir au moins 10 % du capital. Les opérations en capital qui suivent entre les deux unités en font aussi partie. Ces investissements viennent surtout des firmes multinationales (FMN), qui créent ou étendent ainsi leurs activités dans le pays. Ils apportent des capitaux, créent des emplois et stimulent l’innovation.
I. Une politique volontariste qui porte ses fruits
En 2023, la France reste pour la cinquième année de suite la première destination européenne des IDE (document 4). Ce résultat tient à une politique volontariste de l’État, qui agit sur plusieurs leviers.
- La fiscalité. Baisse de l’impôt sur les sociétés, maintien du crédit d’impôt recherche, allègement des impôts de production et refonte du régime des impatriés (document 4). S’y ajoute le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, le CICE (document 5).
- Les infrastructures. Des réseaux de transport et des centres logistiques de qualité séduisent les entreprises qui veulent s’implanter. Ils soutiennent la réindustrialisation, en particulier dans des secteurs stratégiques comme les batteries (documents 4 et 5).
- Les technologies d’avenir. Intelligence artificielle, énergie verte : La France parie sur ces domaines pour accueillir des projets à forte valeur ajoutée (document 4).
- Les savoir-faire locaux. Des compétences disponibles dans des secteurs clés attirent les entreprises qui cherchent une expertise industrielle (document 4).
- Les démarches administratives, que l’État veut simplifier en instruisant les demandes d’autorisation en parallèle (document 4).
Les bénéfices de cette politique sont réels :
- Les IDE ont des effets immédiats : Ils créent des emplois et stimulent l’innovation. Au sommet Choose France de 2024, le gouvernement annonce 15 milliards d’euros d’investissements et la création potentielle de 10 000 emplois (document 5). Ces investissements renforcent la compétitivité du pays dans des secteurs en croissance et créent les conditions d’une croissance endogène ;
- Ils diffusent des technologies et des compétences vers les entreprises installées en France ;
- Ils contribuent à réindustrialiser le territoire.
Valorisé : S’appuyer à bon escient sur Romer, Lucas ou Barro (croissance endogène) pour montrer pourquoi l’État a intérêt à mener une politique d’attractivité active.
II. Des limites et un coût élevé
Le document 5 rappelle que la France garde des déséquilibres structurels, qui peuvent peser sur les choix des investisseurs étrangers.
- L’effet sur l’emploi et sur la souveraineté économique est à relativiser. Il dépend du type d’investissement, de création ou de prédation, et ces capitaux sont volatils (document 6).
- Ces politiques coûtent cher, alors que la dette publique atteint 113,7 % du PIB au troisième trimestre 2024. Leur efficacité est donc discutée, d’autant que certaines entreprises peuvent se comporter en opportunistes et choisir leur implantation selon les seules aides publiques, que le document 6 juge généreusement accordées.
- Le taux de prélèvements obligatoires, d’environ 46 % du PIB en 2023, place la France en tête des pays du graphique (document 7).
- L’instabilité politique actuelle, liée à un endettement public excessif, rend incertain le maintien des mesures fiscales et des aides publiques.
Conclusion. Les investisseurs étrangers choisissent bien la France, et ce succès doit beaucoup aux choix volontaristes de l’État. Il a cependant un prix budgétaire élevé. Pour que la croissance dure et que les entreprises françaises restent compétitives dans les secteurs d’avenir, le pays devra tenir ensemble son attractivité et l’équilibre de ses comptes publics.
3. discuter de l’efficacité de la politique de redistribution en France.
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 6.3. Redistribution, risques sociaux et inégalités › La redistribution
Attendu : S’appuyer sur les documents 7 à 9, définir la politique de redistribution et l’efficacité d’une politique économique, identifier ses instruments et ses objectifs, puis expliquer ses effets attendus et ses limites.
Définitions
- Politique de redistribution : Action des pouvoirs publics qui corrige les inégalités nées de la répartition primaire des revenus. Elle prélève une partie des revenus primaires (impôts, cotisations) pour financer des prestations sociales et des services collectifs. Elle est verticale quand elle transfère des ménages aisés vers les plus modestes, horizontale quand elle couvre des risques (maladie, vieillesse, charges de famille...).
- Efficacité : Une politique économique est efficace quand elle atteint les objectifs que les pouvoirs publics lui ont fixés. Dans un État-providence, la redistribution cherche à réduire les inégalités, au nom de la justice sociale.
I. Des inégalités contenues, mais qui remontent
Jusque vers 1998, impôts, allocations et services publics accompagnent un net recul des écarts de revenus : L’indice de Gini descend alors à 0,276, son point bas (document 9). Il remonte ensuite jusqu’à un sommet de 0,306 en 2011, avec des pics marqués en 2011-2012 et en 2018. Les années 2021 et 2022 comptent parmi les plus inégalitaires des dernières décennies. La crise sanitaire n’a pas bouleversé les écarts, mais l’inflation frappe plus durement les ménages aux revenus les plus faibles. Cette remontée pose la question de l’efficacité de la redistribution.
II. Une redistribution coûteuse, mais qui réduit fortement les écarts
La redistribution prélève des impôts, des taxes et des cotisations. Elle verse des prestations sociales (retraites, allocations familiales, chômage) et finance des services publics en nature (santé, éducation) ou collectifs (défense, recherche). En 2019, environ 500 milliards d’euros sont ainsi redistribués, soit 25 % du revenu national (document 8).
Le graphique du document 8 montre que la redistribution élargie lisse le revenu des ménages tout au long de leur vie, et surtout à partir de 60 ans. Cet effort explique un taux de prélèvements obligatoires d’environ 46 %, parmi les plus élevés de l’Union européenne (document 7).
La politique coûte donc cher aux finances publiques. Elle réduit pourtant les écarts de revenus et améliore le niveau de vie des plus modestes. Avant redistribution, les ménages aisés disposent de 18 fois plus que les ménages pauvres (127 270 € contre 6 980 € par an). Après, l’écart tombe à 3 fois (78 480 € contre 25 330 €). Les prestations en nature expliquent 53 % de cette réduction, les prestations sociales 40 % (document 8).
III. Une efficacité aujourd’hui discutée
Efficace, cette politique est contestée pour son coût, alors que l’endettement public est jugé excessif, que la croissance reste atone et que la population vieillit. De plus, le manque d’harmonisation sociale en Europe nourrit le dumping social et fiscal entre États membres, ce qui peut freiner l’attractivité du pays.
Conclusion. Les choix budgétaires de l’État pèsent fortement sur les inégalités sociales. Malgré son coût pour l’État, la redistribution française reste indispensable pour réduire les écarts de revenus.
Valorisé : Citer à bon escient des auteurs qui traitent de la réduction des inégalités, comme Piketty ou Musgrave. Valorisé aussi : Prolonger l’analyse vers la prise en charge des risques sociaux ou vers la réduction des inégalités de patrimoine.
Dossier 2. Question problématisée (11 points)
La dette publique est-elle aujourd’hui un frein à la croissance économique ?
Dans la fiche Max Compta UE 5 : 5.3. L’Union européenne › L’encadrement des politiques budgétaires nationales
Ce qu’attend le correcteur
- Une introduction qui replace le sujet dans son contexte, par exemple en le reliant au dossier 1 (l’État intervient par l’attractivité et par la redistribution, deux politiques coûteuses). Elle décrit la situation actuelle de la dette et du déficit publics, pose la tension entre la course à la croissance et des finances publiques qui se dégradent, définit la dette publique (en la distinguant du déficit) et la croissance (en identifiant ses leviers), puis annonce le plan ;
- Un développement en deux ou trois parties pertinentes et équilibrées, chacune divisée en deux ou trois sous-parties titrées, avec des transitions qui montrent le fil conducteur ;
- Dans chaque sous-partie, au moins un argument construit sur un savoir (théorie, outil ou mécanisme expliqué) et illustré par un exemple ;
- Un vocabulaire précis et une argumentation fluide, qui démontre ;
- Une conclusion qui fait la synthèse des arguments et répond à la question, sans ouverture.
Deux mises en garde. La dette n’est pas un problème en soi : C’est son poids qui inquiète, car les recettes publiques ne peuvent pas grimper d’un coup. Le mot « aujourd’hui » est central : Le contexte comme la réponse doivent partir de la situation actuelle.
Introduction
Accroche et contexte. Plusieurs entrées sont possibles :
- Les comptes publics de la France sont en déficit chaque année depuis 1975. Ce déficit structurel, apparu après les Trente Glorieuses et le premier choc pétrolier, alimente directement le volume de la dette ;
- La France fait l’objet, comme d’autres pays européens, d’une procédure pour déficit excessif ouverte par la Commission européenne ;
- Quelques chiffres : 3 228,4 milliards d’euros de dette publique à la fin du deuxième trimestre 2024, 113,7 % du PIB à la fin du troisième trimestre, un déficit de 5,5 % du PIB en 2023 ;
- Les agences de notation ont dégradé la note de la France, qu’elles jugent moins capable de faire face à sa dette ;
- La crise sanitaire a exigé des moyens publics importants ;
- Le soutien volontariste de l’État aux entreprises a fortement dégradé les comptes publics (document 4) ;
- Les prélèvements obligatoires sont déjà très élevés, ce qui empêche de réduire facilement la dette par l’impôt (document 7).
Définitions.
- Dette publique : Somme de ce que doivent l’État, les organismes centraux, les collectivités locales et la sécurité sociale, qui ont emprunté pour couvrir leurs dépenses. Le déficit public, lui, est l’écart négatif entre recettes et dépenses de ces administrations sur une année. Le déficit est un flux, la dette un stock qui grossit à chaque déficit. Une dette lourde peut inspirer confiance si elle a servi à des investissements productifs. Jugée insoutenable, elle peut au contraire faire perdre la confiance des marchés financiers.
- Croissance économique : Hausse, sur une période, des biens et services produits par une économie, que l’on mesure par l’évolution du PIB (définition de François Perroux). Le modèle de Robert Solow rattache la croissance au capital, au travail et au progrès technique. Les théories de la croissance endogène ajoutent que l’investissement public financé par l’emprunt peut rendre ces facteurs plus efficaces, donc entretenir la croissance.
Tension du sujet. La dette peut freiner la croissance en poussant les impôts à la hausse et en réduisant les marges de manœuvre budgétaires. Bien utilisée, elle peut au contraire la porter : Elle finance des investissements publics indispensables, sources de croissance endogène, et maintient la demande quand l’économie traverse une crise. Il faut donc peser ses avantages et ses limites.
Problématiques possibles.
- En temps de crise, l’endettement public aide-t-il à stabiliser l’économie ?
- Faut-il donner la priorité au désendettement, quitte à sacrifier des investissements utiles à la croissance ?
- À quel niveau une dette cesse-t-elle d’être soutenable ?
- Comment juger si les dépenses financées par l’emprunt rapportent de la croissance ?
- Comment vivre avec une dette lourde sans casser la croissance ?
Annonce du plan. Deux plans conviennent. Dans le premier, la dette apparaît d’abord comme un levier dont la croissance ne peut se passer (I), avant que ses effets pervers ne la menacent (II). Le second, retenu ici, commence par les contraintes que la dette fait peser sur la croissance (I), puis montre qu’elle peut la soutenir tant qu’elle reste soutenable (II).
I. La dette publique, un obstacle à la croissance
1. Plus d’impôts et moins de marges de manœuvre budgétaires
- Le traité de Maastricht retient 60 % du PIB comme plafond de référence pour la dette publique, et le pacte de stabilité et de croissance prévoit des sanctions contre les États qui s’en écartent. La dette française atteint 113,7 % du PIB, et Bruxelles a ouvert contre la France une procédure pour déficit excessif.
- Les intérêts coûtent à l’État plus de 50 milliards d’euros chaque année, l’un de ses plus gros postes de dépense. Cet argent ne finance pas des dépenses plus porteuses de croissance, comme l’innovation.
- S’endetter oblige à trouver des ressources supplémentaires, donc à alourdir les impôts. Selon Arthur Laffer, au-delà d’un certain taux, une hausse d’impôt fait baisser les recettes fiscales. Les prélèvements découragent alors la production et ralentissent la croissance, et les contribuables peuvent « voter avec leurs pieds » en partant (Charles Tiebout, Albert Hirschman).
- Vouloir réduire la dette conduit à couper dans les dépenses, y compris dans l’investissement public. La demande globale se contracte et l’effet multiplicateur décrit par John Maynard Keynes joue à l’envers.
Arguments admis, mais moins valorisés, car ils critiquent plus largement l’intervention de l’État :
- Pour William Niskanen, les services publics prennent au privé, qui produit bien, des moyens qu’ils emploient moins bien. La bureaucratie pousse d’elle-même l’État à grossir, bien au-delà de ce qu’exigent les défaillances du marché ;
- Pour Gordon Tullock et James Buchanan, les responsables publics poursuivent leur intérêt personnel (rémunération, réélection) plutôt que l’intérêt général ;
- Pour les libéraux, une intervention conjoncturelle arrive toujours trop tard, car la décision publique est lente et ses effets sont différés. Friedrich Hayek voit dans l’action publique une source de désordre pour le marché plutôt qu’un moyen de le réguler.
2. Un emprunt plus cher et des marchés moins confiants
- La dette nourrit la dette : C’est l’effet boule de neige, ou piège de la dette. Quand le taux d’intérêt payé par l’État dépasse le taux de croissance de l’économie, la dette progresse plus vite que la production.
- L’effet d’éviction, mis en avant par les libéraux : Grand emprunteur, l’État capte une part croissante de l’épargne. Les taux montent pour les entreprises, qui n’offrent pas les mêmes garanties que lui, et l’investissement privé recule.
- Les agences ont abaissé la note de la France : AA- chez S&P en mai 2024, Aa3 chez Moody’s en décembre 2024. Les investisseurs exigent alors un rendement plus élevé sur les obligations d’État, et l’emprunt coûte plus cher. En janvier 2025, l’État emprunte à dix ans à environ 3,3 % en moyenne sur le mois.
- Le risque de défaut apparaît quand la dette devient insoutenable : C’est une crise de solvabilité. La Grèce l’a vécu en 2010, avec la crise de la dette souveraine puis la tutelle de la Troïka (BCE, Commission européenne, FMI). L’Argentine et le Mexique sont d’autres exemples.
- La dette freine la croissance quand ses détenteurs doutent de la capacité de l’État à rembourser. Ce risque est plus faible quand la dette est détenue par des résidents, comme au Japon. En France, le climat économique et politique incertain pèse aujourd’hui à la fois sur les prêteurs de l’État et sur les décisions des investisseurs étrangers.
Transition. Ces effets négatifs tiennent au volume de la dette et à son usage. Bien employée, la dette peut au contraire soutenir la croissance.
II. La dette publique, un moteur de croissance tant qu’elle reste soutenable
1. Stimuler l’activité à court terme
- Richard Musgrave confie à l’État une fonction de stabilisation. Quand l’activité ralentit, le déficit public injecte des ressources dans l’économie et compense directement ce ralentissement. Accumuler des déficits peut donc avoir un effet contracyclique en période de crise.
- Exemples. L’État français a accumulé les dépenses face à la crise sanitaire puis au choc inflationniste. Pendant la crise des subprimes, de nombreux pays ont injecté massivement des liquidités : Les déficits et la dette ont augmenté, mais la demande globale a tenu et le choc récessif a été amorti, ce qui a évité une crise plus grave. Après la crise de 1929, l’administration Roosevelt a relancé la croissance américaine par la dépense publique.
- Dans une logique keynésienne, la dépense publique soutient la demande globale à court terme grâce à l’effet multiplicateur, et la croissance de long terme en profite.
2. Financer des dépenses ciblées, sources de croissance endogène
- Paul Romer et Robert Barro, théoriciens de la croissance endogène, montrent que l’investissement public a des retombées positives sur l’ensemble de l’économie (externalités), et que ces retombées entretiennent la croissance.
- Emprunter pour financer la transition écologique ou les technologies nouvelles (intelligence artificielle, nanotechnologies, ordinateurs quantiques) donne à l’État les moyens d’une vraie politique industrielle. Le rapport Pisani-Ferry et Mahfouz et le rapport de Mario Draghi sur la compétitivité européenne jugent cet effort indispensable aujourd’hui.
- Une dette qui finance une redistribution ciblée peut aussi porter la croissance. Pour Angus Deaton, faire reculer les inégalités, par exemple face à la santé ou à l’éducation, favorise la croissance. Alesina et Rodrik, puis Persson et Tabellini, ont modélisé l’effet négatif des inégalités de revenus sur la croissance.
Conclusion
La dette publique freine la croissance quand elle devient trop lourde pour des recettes qu’on ne peut pas relever vite : Elle réduit alors les marges budgétaires, renchérit l’emprunt et inquiète les marchés. C’est le risque auquel la France est exposée aujourd’hui. La dette soutient au contraire la croissance quand elle finance la stabilisation en période de crise ou des investissements porteurs de croissance endogène. Tout dépend donc de son poids et de ce qu’elle finance.
Le correcteur attend ici une synthèse qui répond à la question, sans ouverture.
Écarts au corrigé officiel
Sur 11 points, cette proposition s’écarte du corrigé officiel du CRCF. Chaque écart repose sur le sujet, un calcul refait ou un texte en vigueur à la date de l’épreuve.
| Question | Point | Corrigé officiel | Cette proposition | Justification |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Appel de l’État aux entreprises face au choc inflationniste | rattaché au document 2 | Présenté comme élément de contexte, sans renvoi à un document | Le document 2 (Le Monde, 8 mars 2024, pages 4 et 5 du sujet) ne parle ni d’inflation ni d’un appel de l’État aux entreprises. |
| 2 | Renvois aux documents pour le CICE et les savoir-faire | CICE rattaché au document 4 | CICE rattaché au document 5 ; savoir-faire au document 4 | Le CICE n’apparaît que dans le document 5 (page 6 du sujet) ; le document 5 ne traite pas des savoir-faire, le document 4 si (page 5). |
| 3 | Évolution de l’indice de Gini | points culminants en 2000, 2010 et 2020 | Point bas de 0,276 en 1998, sommet de 0,306 en 2011, pics en 2011-2012 et 2018 | Document 9 : « sommet de 0,306 atteint en 2011 », « pics marqués en 2011-2012 et en 2018 » ; sur le graphique de la page 11, 2020 est un creux (environ 0,277), pas un sommet. |
| 3 | Effet de la crise sanitaire et de l’inflation sur les inégalités | la crise sanitaire et l’inflation ont accentué les inégalités | La crise sanitaire n’a pas bouleversé les écarts ; l’inflation frappe plus durement les revenus les plus faibles ; 2021 et 2022 parmi les années les plus inégalitaires | Document 9 : la crise sanitaire puis deux années d’inflation « n’ont pas bouleversé les hiérarchies ni l’ampleur des écarts » ; seul l’effet de l’inflation sur les plus modestes est décrit. |
| D2 | Encours de la dette cité en accroche | 3 228,4 milliards « en fin 2024 » | 3 228,4 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre 2024 ; 113,7 % du PIB à la fin du troisième | Insee, Informations rapides du 27/09/2024 : 3 228,4 Md€ fin du 2e trimestre 2024 (source) ; fin 2024 : 3 305,3 Md€, 113,0 % du PIB (Insee, 27/03/2025, source) ; 113,7 % au 3e trimestre (source). |
| D2 | Critère de dette de 60 % du PIB | critères de convergence « instaurés par le pacte » et « prérequis pour faire partie de l’UE » | Valeur de référence du traité de Maastricht, que le pacte de stabilité et de croissance fait respecter | TFUE art. 126 et protocole n° 12 : valeurs de référence de 3 % et 60 % pour tous les États membres (source) ; les critères de convergence conditionnent le passage à l’euro, pas l’adhésion à l’Union (TFUE art. 140, source). |
| D2 | Taux d’emprunt de l’État à dix ans | 3,42 % en janvier 2024 | En janvier 2025, environ 3,3 % en moyenne sur le mois | Banque de France, OAT 10 ans du 25/01/2024 : 2,7830 % (source) ; moyenne mensuelle de la série BCE IRS.M.FR.L.L40.CI.0000.EUR.N.Z, interrogée directement le 29/10/2026 (source) : 2,74 % en janvier 2024, 3,32 % en janvier 2025. La Banque de France ne publie plus les taux quotidiens des OAT depuis juillet 2024. |
| D2 | Effet de la dégradation de la note sur les obligations | « baisse du rendement des obligations d’État » | Les investisseurs exigent un rendement plus élevé ; l’emprunt coûte plus cher | Contradiction interne : la même phrase du CRCF annonce une hausse du taux d’emprunt, qui est le rendement exigé sur les obligations émises ; c’est le prix des titres déjà émis qui baisse. |
| D2 | Prénom de Musgrave | Robert Musgrave | Richard Musgrave | Richard A. Musgrave, The Theory of Public Finance (1959), auteur de la typologie allocation, redistribution, stabilisation. |
| D2 | Incohérence temporelle attribuée à Hayek | « pour Friedrich Hayek, il y a des incohérences temporelles » | Hayek : l’action publique dérègle le marché plutôt qu’elle ne le régule ; notion d’incohérence temporelle retirée | L’incohérence temporelle des politiques économiques est due à Kydland et Prescott (1977), prix Nobel 2004 : source |
| D2 | Crise sanitaire rattachée au document 4 | « pays post-crise Covid ... (document 4) » | Deux puces distinctes : la crise sanitaire, en connaissance générale, sans renvoi ; la dégradation des comptes publics liée au volontarisme de l’État (document 4) | Le document 4 relie la dégradation des comptes publics au soutien de l’État aux entreprises et ne mentionne pas la crise sanitaire. |
Questions fréquentes
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